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17 février 2008

Soirée de gala

C’est généralement les soirs de grand désarroi existentiel qu’il débarque. Certes, je l’appelle un peu de tous mes vœux, mais quelquefois le bougre est aux abonnés absents. Ce soir-là, c’était un samedi j’étais seul, ou presque, près du bassin d’Arcachon auprès d’un vieil, vieil ami qu’un somnifère avait entraîné loin de moi. Aussi, me suis-je calé, verre de bordeaux en main devant un magnifique et grand écran plasma.

ACTE I

Je suis tombé sur la deuxième chaîne de télévision française du service public. Là, j’ai vu des gens s’égosiller (je pense qu’ils essayaient de chanter). C’était une émission de variétoche plutôt moche comme ils savent si bien en produire, avec des lumières bleues qui dégueulent partout. Il y avait une blonde qui riait bêtement, mais très très bêtement. Il y avait Laurent Ruquier (que je vois bien en successeur de Michel Drucker — au secours, il y en a pour 30 ans —) et surtout il y avait ce présentateur (Nagui) qui visiblement se fout de la gueule de tout le monde, qui vous regarde en ayant l’air de dire : « Je vous emmerde, et je prends le fric. Vous êtes tellement cons que je n’ai même plus à dissimuler la joie que j’éprouve à vous présenter cette émission de merde qui va me rapporter un max de pognon. »

C’est à ce moment que le Persan est arrivé.
— Vous n’avez pas honte ? m’a t-il demandé.
— Non, je n’ai pas honte : je suis humilié.
— Je comprends cela, poursuivit-il. Comment le pays des Lumières a t-il pu tomber si bas ?

J’en étais bien d’accord. Sur l’écran, Ruquier et la blondasse en karaoké massacraient Harley Davidson. Ils semblaient beaucoup s’amuser. Nagui irradiait, et soudain, la bande son s’arrête : le texte qui défile à l’écran est amputé de deux mots (même moi, je savais les deux mots qui manquaient : terrible engin — le terrible engin, c’est la moto où BB était comme une sphinge (sphinge est le féminin de sphinx, précise mon Persan, un peu pédant à l’occasion). Et les autres, ils ne savent pas. Nagui explique que d’ n’est pas un mot, que ça ne compte pas pour un mot. « Ah, bon, je croyais que c’était un mot d ! » s’esclaffe la blondasse qui sur ce coup-là partage avec la connerie ambiante l’idée selon laquelle l’ignorance est le degré suprême du raffinement. C’est du direct. Nul doute qu’à l’enregistrement ça aurait sauté, mais là, sur le visage béat de cette idiote (dont je ne connais pas le nom), toute la bêtise du monde, bien grasse, bien satisfaite d’elle-même resplendit…

— Je me sens humilié, dis-je encore.
— Mais vous savez, vous n’êtes pas obligé de regarder, rétorque mon Persan qui, à l’occasion prend l’accent de ce que les imbéciles (encore eux !) appellent le bon sens.

ACTE II

Alors j’ai zappé.
18 ou 20 chaînes. A part itélé et BFM qui font leur boulot d’infos, partout c’était à gerber : de la complaisance, du vide sidéral, du néant concentré, du rien monumental, institutionnalisé.
Et puis, je suis tombé sur une pièce de théâtre avec Christiana Réali. Qui n’est pas italienne mais d’origine (comme je l’ai d’abord pensé, de même que je croyais que son prénom était Patricia, — mais Google veille sur nos défaillances — femme de Francis Huster.)
J’ai pensé que c’était une pièce drôle parce que c’était plein de vulgarité. Elle a une jolie voix cette actrice. C’était bien filmé, avec une astuce de mise en scène intéressante : les accessoires, table, chaise, lit, canapé étaient fixés sur un plateau, lequel plateau glissait sur un rail. Il y avait deux voies. Hop, un canapé arrivait du côté cour (ou du côté jardin) sur la scène. (PS. Comme je suis quelqu’un de sérieux, je me suis renseigné : la mise en scène est signée John Malkovich). Il y avait Vincent
Elbaz dans cette pièce. Je crois que souvent il se demandait ce qu’il foutait là le Vincent. Mais comme dit le truc : quand le vin est tiré.… J’avais l’impression qu’il n’en avait rien à foutre de cette pièce le Vincent. Il y avait aussi Ariel Wizman, un présentateur de Canal+. Il ne manquait d’Arthur ou Claire Chazal. Bref, cette histoire d’accessoires qui glissaient tout seuls, on voyait que ça occupait pas mal les acteurs. Par exemple, ils sont deux à une table de bistrot, avec deux chaises. Ils posent les chaises à côté de la table, et paf, quand ils ont fini leur scène il faut ranger tout le bordel. Alors ils remettent les chaises sur la table et hop, la table glisse hors de la scène. Vous voyez le truc ? Tout ça parce que les scènes s’enchaînent. Même qu’à la fin le Vincent doit faire le ménage parce qu’il a mis de la crème chantilly dans un gobelet en carton et que la Réali, d’un geste brusque envoie valdinguer le gobelet. (Le mal qu’il se donne le Vincent à faire le ménage !) Je me demande si pour les acteurs ça ne fait pas beaucoup de jouer aussi les accessoiristes.
Je ne sais pas très bien ce que c’était cette histoire. En gros, il me semble que Christiana écrit des romans qui n’ont pas de succès. A un moment c’est Vincent qui signe un roman de Christiana et bingo c’est un best. Mais la Christiana se drogue et ne veut plus, ne peut plus écrire. Le Vincent fait ce qu’il peut. Il refile même 20.000 dollars (ça doit se passer en Amérique) pour que le dealer qui est un copain à eux se tire ailleurs.
Malgré tant d’artifices, vers la fin, j’ai trouvé qu’elle était assez exceptionnelle la Christiana dans le genre loque humaine…

C’est qu’il se passe souvent ceci avec le théâtre : on finit par tomber en sympathie avec les acteurs. C’est qu’ils mouillent la chemise, surtout quand le texte est un peu à la ramasse, surtout quand la gestuelle imposée à certains moments est pour le moins grotesque, surtout quand les astuces de mise en scène tournent au procédé et qu’on se dit : pourvu qu’ils n’oublient pas de tout remettre en place, surtout quand il y a tous ces défauts on s’y attache aux acteurs. Même si, une scène boulversifiante (Christina dos au public et se met à sangloter — on se dit que c’est sans doute une bande son qu’on entend avec ces pleurs déchirants et que c’est tant mieux) même si, à cela qui est plutôt réussi succèdent deux scènes ratées parce qu’inutiles et d’un expressionnisme physique assez ridicule : elle doit bien s’envoyer plusieurs litres d’eau la Christina quand elle décide de se suicider aux détergents, et le pompon, c’est l’agonie… Ah, comme elle agonise bien Cristiana… ces raidissements des membres, ces soubresauts… C’est pas le Cid, c’est le suiCid…

Quand j’ai demandé son avis à l’ami Persan, il n’était plus là.
Et vous, vous êtes encore là ?

ÉPILOGUE

Je suis allé voir sur le net ce que c’était cette pièce assez indigente : il s’agit de Good Canary, de Zach Helm, Adaptation de Lulu et Michael Sadler, mise en scène de John Malkovich (y a des moments je ne voudrais pas être dans sa peau (suis-je drôle tout de même !). Théâtre Comedia 4, boulevard de Strasbourg • 75010 Paris

J’ai trouvé, après avoir écrit ce texte ceci : http://www.lestroiscoups.com/article-12928443.html.

Vous êtes toujours là ?
(Franchement, dites-moi si mon pudding ci-dessus est comestible…)

 
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