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11 février 2012

DEB | La cuisine de projection de Marc L.

Ce que l'on peut voir sur les murs de la cuisine d'un amoureaux

du cinéma,

des images

et de la poésie...


La cuisine de projection de Marc L. par Deb

21 janvier 2012

DEB | Une année studieuse | Anne Wiazemsky

C'est un livre rose publié dans la collection blanche. Oui, chez Gallimard. « J'ouvris, tremblante, la porte de notre chambre et me jetai sur le lit en pleurant convulsivement de peur, de douleur, d'émotion, je ne savais plus. » La narratrice, en effet, vient de se heurter à un photographe de « haute taille bardé d'appareils photos. » « Mais Jean-Luc tout de suite fut là. Il me serrait dans ses bras, m'embrassait, me suppliait de me calmer. "Heureusement que cette ordure s'est échappée, j'aurais pu le tuer !" répétait-il entre deux mots d'amour. »

C'est le treizième livre de cet auteure-là. Preuve qu'on ne devient pas forgeron en forgeant. Qu'on ne devient pas écrivain en écrivant.
J'ai parcouru un peu la presse sur le livre de Anne Wiazemsky, « Une année studieuse », et me voici renforcé dans ma conviction que si Anne Wiazemsky, dans ce livre, est à peu près au degré zéro de l'écriture les « critiques » de leur côté en sont au dégré zéro de la lecture. C'est donc un monde de non-écrivains commenté par des non-lecteurs.

Vous allez voir, je vais la faire mauvaise : d'accord, Antoine Gallimard est un ami d'adolescence de Anne Wiazemsky ; d'accord elle a joué chez Bresson ; a été l'épouse de Jean-Luc Godard ; l'élève en philosophie de « Henri Jeanson » (« Anne réussit son oral du bac - grâce aux cours particuliers d'Henri Jeanson ! », écrit en effet Marianne Payot dans L'Express) ; d'accord elle est la petite-fille de François Mauriac...

Certes, mais à l'arrivée cela ne devrait-il donner un livre, vous voyez, un vrai livre ?
Un livre où Jean-Luc Godard ne serait pas que ce pauvre guignol surexcité, prêt à casser la gueule à tout le monde ; un livre où Cohn-Bendit ne serait pas que ce ridicule rouquin en rut ; où Francis et Christiane Jeanson ne seraient pas que sympathiques ; (« Nous débattions avec délice de la phénoménologie si chère à son cœur et au mien, » [Je crois rêver en lisant cela : on dirait deux vieilles pies en train de se bâfrer de gateaux à la crème] ; un livre où Saint-Germain ne serait pas qu'un endroit où « il y a des cinémas et des cafés »...
Bah, j'arrête, je me fais du mal, là.
À quoi bon vouloir dénoncer la bêtise ? On risque de devenir aussi bête que ce que l'on entend dénoncer...
« L'hiver s'annonçait précoce. Il pleuvait beaucoup et la température baissait de jour en jour. »
Magnifique, non ?

C'est ça ma colère : toutes ces puérilités de petite bourgeoise un peu bécasse infligées à la littérature. Colère devant cette non-écriture avec ces dialogues qui trouveraient parfaitement leur place dans « Plus belle la vie » ou ces téléfilms produits à la chaîne ; colère de voir tant de platitudes imprimées sous couverture Gallimard ; colère de voir réduits, aplatis, laminés :

Godard (« sans lunettes, il montrait quelque chose de caché, quelque chose de très intime » [Ah oui, quoi donc!) ;

Jeanson (quoique, c'est quand même lui le moins nigaud sous la truelle d'Anne Wiazemsky : « Il dégageait une énergie lumineuse puissante, un désir de comprendre et d'être compris. Il choisissait ses mots avec soin, me poussait à préciser les miens ») ;

Jeanne Moreau (« De la bouche de Jeanne Moreau jaillissaient des perles et des pierres précieuses ») ;

Maurice Béjart (« radieux sourire ») (« C'est l'émotion, je suis si heureux d'être avec vous, cher jean-Luc ! Je peux vous appeler Jean-Luc et Anne ? ») ;

Jean Vilar (« qui incarnait pour moi toute la noblesse du théâtre. »).

Et le grand-père, le vieux Mauriac, bien pathétique, bien misérable dans sa haine d'une jeune chienne coker appelée Nadja : « Tu nous rends la vie impossible en ne nous écoutant jamais ou en faisant le contraire de ce qu'on te demande ! J'ai quatre-vingts ans, je pourrais être mort, mais hélas pour toi, je ne le suis pas et cela me donne le droit de t'exprimer ce que je pense. Maintenant disparais et débrouille-toi pour que je ne croise jamais cette chienne ! »

Ah mais !

On aura connu François Mauriac plus inspiré, non ?
Et moi aussi, je crois.

Bref, je voulais me débarrasser de mon agacement après avoir lu Une année studieuse, Anne Wiazemsky. Gallimard (ben oui). 18 euros, 260 pages

 
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