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20 janvier 2012

DEB | Fils de ...

Tous les ans, le salon du livre de Paris, c’est Porte de Versailles, huit jours après le salon de l’agriculture. Et pas la plus petite trace. Pas une boulette de bouse de vache, pas une odeur qui s’attarde, rien. Nickel. Cette année-là, c’était triste à pleurer ce salon du livre. Aseptisé. Un grand désert. Pas le moindre relent d’âme. Mais des errances. Même plus d’annonces micro. Dans l’air juste un chuintement de voix, une rumeur ténue de foule. Malgré tout quarante mètres de file d’attente pour Amélie Nothomb et Éric-Emmanuel Schmitt. Je ne sais plus en quelle année c’était. Mais c’était son vingt-cinquième anniversaire et enterrement de première classe.

L’avant-dernier soir on nous a invités, nous de l’édition. Rendez-vous à la datcha (c’était la Russie, le pays invité). Soirée VIP, paraît-il. Au fond du hangar. Champagne à gogo. Champagne et musique techno. Bizarre. J’ai vu POL le faire : danser sur de la techno, POL him-self. Pas vu Raphaël Sorin danser, non. Sono pourrie, saturée. Les Inrocks aux commandes. La techno, c’est simple, il n’y a pas de musique. Tu peux faire n’importe quoi là-dessus. La musique démocratique par excellence. Et on ne voit personne, que des silhouettes, des fragments fugitifs d’êtres humains.

Puis il y a eu la fêlure spatio-temporelle. La grande gifle du réel. Que je vous dise : c’était là, par terre. Juste à mes pieds. Une sorte de livre, peut-être une couverture d’un numéro : L’IDIOT INTERNATIONAL.

Je suis tombé en arrêt. J’en aurais pleuré. Je me suis retrouvé dans un ascenseur qui aurait pété les câbles au 55e étage. Jean-Edern ! Il a été là. Tout à coup, dans cet invraisemblable vacarme, il a été là. J’ai pensé à sa main sur mon épaule la veille de son départ pour Lourdes. J’ai pensé à ce moment où je l’ai conduit, dans la foule. Il répétait que le lendemain il irait à Lourdes, que s’il recouvrait la vue, il se tairait.

Un jeune s’est approché de moi tellement je devais être pitoyable à voir avec l’Idiot à mes pieds, par terre. C’est d’autant plus bizarre cet instant de stupeur que je n’ai jamais acheté L’Idiot International. En ai-je seulement lu un numéro ? Moi, c’est Hallier que j’aimais. Je vous jure, je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne sais pas pourquoi j’ai eu si mal dans tout ce bordel sonore, ces éclairs stroboscopiques, ces ombres d’un dixième de seconde impossibles à identifier. Et je n’avais pas picolé plus que ça. Le jeune m’a hurlé dans l’oreille en me désignant un autre jeune : « C’est son fils. » Et à mon tour j’ai hurlé dans l’oreille du fils : « Ton père, ton père… Je l’aimais. » C’est tout. Et comme je restais comme ça, statufié, incapable de me sortir de cette putain d’émotion, le fils s’est approché : « Arrête, ARRÊTE. » Je vous jure, j’entends encore ce jeune homme (dont j’ignorais jusqu’au prénom) me hurler ça en riant Arrête. C’était me dire : « Ne te fais pas de mal, mon père n’aimerait pas ça. » Puis, il a ajouté, Frédéric : « J’ai 22 ans et j’en ai rien à foutre. » J’ai traduit par : « Il est mort, mais moi je suis vivant. » Et il s’est mis à danser comme un fou. Oui. Il était vivant, lui. Il pouvait dire qu’il n’en avait rien à foutre le petit, il y avait ça, par terre, cette sorte de livre, avec pour titre « L’Idiot international. » Il dansait le petit et il m’a fait un grand geste du bras que j’ai décodé comme ça : « Le plus bel hommage que l’on puisse rendre aux morts, c’est de vivre. » Je suis sûr que c’est ce qu’il a voulu me dire. Et j’ai eu honte, sur l’instant, d’avoir figé le temps, d’avoir figé la vie. J’ai dû boire une ou deux flûtes et je me suis glissé dans cette foule qui gesticulait. J’ai gesticulé à mon tour. Je me suis dit que ça pouvait durer l’éternité.

Je suis revenu à pied à mon hôtel. Mais, pour la première fois de ma vie, je ne parvenais pas à marcher droit.

Je me suis dit que j’avais bien vieilli ces derniers temps.

DEB | Rives d'éternité

Chez moi, elle tombe sur Guitry. C'est un peu déchoir, pour elle. Ni la Blanche ni POL ni Minuit. N'empêche, je n'en démords pas : Guitry m'accompagne, comme Proust et Montaigne. Je suis un petit-bourgeois, que voulez-vous ; au moins, je sais cela. J'ai fermé l'œil du barbare. Même Barrès, je l'ai lu, et Renan, et me voilà, devant vous, sans sceptre mais bien septique, une fosse, en somme, d'abondance(s).

Plus question que je renonce, à moins, qu'enfin, j'aborde aux rives d'éternité.

16 décembre 2010

DEB | L'avenir, mais pas pour le pire

neige.jpgEt si on avait oublié quelque chose

quelque chose de capital

quelque chose qui ne ferait plus le regard si noir

et les mots si désespérés

quelque chose qui ferait trembler les paupières

comme devant une lumière trop vive qui se pointerait au portillon

quelque chose qui ferait venir sur la langue

des mots épatants.


Et si on avait oublié les autres

les autres, vous voyez

vous

moi

ceux d'hier

ceux d'aujourd'hui

ceux de demain


si on avait oublié ceux qui ont dit

qui disent

qui diront

que l'avenir

ça peut être autrement

autrement

peut-être pas meilleur

mais surtout pas pire.

Surtout pas pire

que maintenant.

 

"Le jour se lève

il faut tenter de vivre."

Paul Valery

14 septembre 2009

Des visages et des mains

Des visages et des mains

 

 

 

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C’est ça, on va dire cette image-là, celle de son propre visage dans le miroir. Cet étonnement, cet effarement.

Pourquoi ai-je ce visage-là ? Ce
visage qui parfois me ressemble si peu.
Qui ne s’est dit, ne se dit pas cela : qu’est-ce donc cela qui me regarde ?

Et qui regarde quoi ?
Ultime mise en abyme.
Les yeux dans les yeux, à l’infini, éternité absolue.

Aussi faut-il l’aimer bien ce sien visage, car le nier « Défaire le visage, ce n’est pas une petite affaire. On y risque bien la folie : est-ce par hasard que le schizo perd en même temps le sens du visage, de son propre visage et de celui des autres, le sens du paysage, le sens du langage et de ses significations dominantes ? » Il faut éviter que les lignes de destruction ne se prennent pour objectifs elles-mêmes en tant que lignes mortifères.
Voilà ce que disent (en italiques ici) Deleuze et Guattari.


Psychanalyse et philosophie sont faites pour se tenir main dans la main.

10 octobre 2008

DEB | BHL-Houellebecq : Ennemis publics

ACTE I

Commençons par le commencement.
De quoi s'agit-il ? D'une correspondance entre deux écrivains. Deux écrivains majeurs. Mais vivants. Mais « dérangeants ». Nous ne sommes pas, là, dans la littérature qui se prête à toutes les cuistreries propres à agrémenter les dîners en ville. BHL-Houellbecq : fallait y penser. Et fallait oser. Ils l'ont fait. Ils ont, au moins reconnaissons-leur cela, ils ont du courage.
Couple improbable ? Justement. Il fallait ces deux-là : détestés et tout autant encensés. Cibles idéales pour la meute.
Mais, c'est que ça s'engage pour le pire et le meilleur une affaire comme ça. Pour le pire surtout
: publié sous X, le livre, d'emblée, s'il suscite la fébrilité, la curiosité, génère la jalousie. La meute est jalo
use sans le savoir. La meute est dépressionniste, comme Houellebecq, la meute est idéaliste, comme BHL . La meute a, pour le prix d'un, ses deux cibles favorites. Deux cibles aux antipodes l'une de l'autre. BHL et Houellebecq, rien à voir. Rien de rien. J'entends déjà dire : « Justement, c'est du marketing. Réunir le jour et la nuit en un seul produit, c'est génial coco ! » Du deux-en-un. Ceux-là, ceux de ce discours, parions qu'ils n'ouvriront pas le livre, qu'ils se contenteront de commenter les commentaires, comme d'habitude, dirais-je.
Livre schizophrène ? Pas tant que cela.
Ainsi, page 81, BHL : « Nous sommes tous plus ou moins guidés par une étoile n'est-ce pas ? Eh bien, il y a les mauvaises étoiles, celles que les Latins appelaient les « sidera » et qui ont pour propriété de vous attirer vers le fond, le gouffre, l'abîme de vous-même [...]. Et il y a les bonnes, celles qu'ils appelaient les « astra », les astres, et qui, elles, au contraire, vous font lever la tête, regarder vers le ciel et, d'abord, le ciel des idées...
»

Alors, vous, vous êtes plutôt sidera ou plutôt astra ?

 

ACTE II


Je vais donc le lire trois fois, ce livre : d'abord la partie BHL, puis la partie Houellebecq, et enfin, dans sa continuité. Comme si, après avoir écouté l'un et l'autre séparément je les mettais face à face. Il doit être dit, que je ferai fi, une fois pour toutes, dans cette chronique des ricanements sournois qu'elle ne manquera pas de provoquer.

Je le lis donc, patiemment, attentivement ce livre, Ennemis publics (Flammarion-Grasset éditeurs) que j'ai attendu dans une belle fébrilité dès que j'ai su son existence.

Au fond, me dis-je, plutôt qu'une « critique » une fois pour toutes de ce livre, pourquoi ne serait-il pas un thème récurrent où je pourrais m'inscrire. Pourquoi ne serait-il pas le fil rouge de plusieurs posts ? Au risque de lasser mes lecteurs ce dont, je l'avoue ici, je ne fais pas tant de cas que cela.

C'est qu'il y a deux aspects du monde avec ce livre-là. Pas si antagonistes que ça, pas autant de connivence que ça non non plus. Il y a beau temps que le manichéisme n'est plus pour moi qu'un exercice de style, une commodité souvent, surtout lorsqu'il s'agit de politique. En gros : on est à droite ou on est à gauche. Le milieu ? Ce juste milieu qu'invoquent les imbéciles ou les gens très sages ne me passionne guère. Mais cela peut faire un prix Nobel de littérature à l'occasion.

Ainsi pourrait-on imaginer, d'un côté l'optimisme (et je vous prie de croire que je sais comme il peut être volontaire), de l'autre le pessimisme (et je sais aussi comme il peut être forcé), ce qui pourrait satisfaire tout le monde.

Où Houellebecq évoque ses problèmes d'eczéma, BHL raconte ceux de Cocteau. D'aucuns diront : ça a une autre gueule, non ! Sous-entendu : Cocteau, quand même, c'est d'un autre niveau que Houellebecq, non ? Tout cela pour fustiger la pseudo mégalomanie de BHL et louer la simplicité d'un Houellebecq.

Deux faces du monde, disais-je, et qui n'en finissent pas de s'opposer et de se rapprocher. Houellebecq inclinerait pour une détestation des hommes et de l'humanité en général et ne lui verrait pas beaucoup de chances de succès tandis que BHL s'écrirait : pas du tout, il suffit de relever la tête et de regarder les idées qui sont au-dessus de nous.

Le Cocteau désormais célébré, n'a-t-il pas été détesté au point qu'il y avait toujours quelqu'un, lors d'une projection d'un des ses films, qui voulait lui casser la gueule.

Au moins y a-t-il une certaine justice : BHL, Houellebecq sont haïs. Ils le savent. Cette justice du pire, je ne la cite que pour en souligner le ridicule. Y en a-t-il qui haïssent les deux ? Lequel souffre le plus de la critique, de l'ignominie dont on les accable ? Il semblerait de ce soit Houellebecq, voire ! Houellebecq qui s'interroge sur cet autre, bien servi lui aussi par la vindicte, Sollers : « Sous le Philippe Sollers social, existe-t-il encore un Philippe Sollers réel ? »

La question ne vaut-elle pas pour toutes celles et tous ceux qui ont un peu de pouvoir, de notoriété et qui, injure suprême, se permettent d'être singuliers ? Au palmarès des insultés, n'oubliez pas Ségolène Royal je vous prie.

Dès la première page du livre, Houellebecq annonce la couleur. Il sait que les critiques sont des gens pressés qui lisent les livres en diagonale, cherchent l'angle d'attaque et à coiffer les autres critiques au poteau. Il leur complique alors la besogne par ce portrait de lui-même que la rumeur a dressé. Ainsi, les plumitifs que nous sommes vont-ils devoir chercher d'autres adjectifs. Mais les pistes sont là : « Nihilste, réactionnaire, cynique, raciste et misogyne honteux. »

Voilà, les leçons de Sollers ont porté : inclure dans son livre sa propre critique. « Anarchiste de droite ? Beauf ? « Auteur plat n'ayant accédé à la notoriété que par suite d'une invraisemblable faute de goût... »

Cette introduction, n'en doutons pas deviendra d'anthologie. En deux pages sont réunies les critiques les plus assassines.

En voulez-vous sur BHL ?

Voici (si j'ose dire), sous la plume de Houellebecq : « Spécialiste des coups foireux et des pantalonnades médiatiques [...]. Intime des puissants, baignant depuis l'enfance dans une richesse obscène, vous êtes emblématique de ce que certains magazines un peu bas de gamme comme Marianne continuent d'appeler la " gauche-caviar " [...]. Philosophe sans pensée, mais non sans relations, vous êtes en outre l'auteur du film le plus ridicule de l'histoire du cinéma. »

Il pourrait conclure, mais au contraire, c'est par là qu'il commence (puisque ce sont les toutes premières lignes) : « Tout, comme on dit, nous sépare à l'exception d'un point, fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables

Ce à quoi, BHL, réplique par Cocteau, Pound, Camus, Baudelaire...

Le liste serait longue.

Mais suffit ! BHL ne se vautre pas dans l'autodénigrement. Cela fait partie du secret, son secret.

La haine, Houellebecq y revient lui. Il digère moins bien sans doute, et je peux comprendre ça. La haine dont il a été et dont il est toujours l'objet il ne veut pas tout de suite l'évacuer. C'est qu'il en connait la sale gueule, comme tout le monde, mais lui, il a de la mémoire. « Souvent, lorsque vous étiez mentionné dans la conversation, j'ai vu apparaître un vilain rictus que je connais bien, un rictus de joie basse et commune à l'idée de quelqu'un que l'on va pouvoir insulter sans risques. »

à suivre

30 juillet 2008

Quelques mois de blogs : récap

19 juillet 2008 | DEB | Femmes que j’aime

J’aime aussi les vieilles dames. Je les trouve même plus courageuses, plus authentiques que les vieux messieurs. Mais qu’en sais-je, au reste ?

708254379.jpg1080143333.jpgAinsi de Claire Goll qui, dans La poursuite du vent raconte qu’elle connut pour la première l’orgasme à 76 ans avec un garçon de 20ans.
Ainsi de Ninon de Lenclos que je citai tantôt à mon ami l’âne Perpignanais au sujet de ce billet qu’exigea d’elle un amant qui avait bien des raisons de douter de la fidélité de sa célèbre maîtresse. Aussi avait-il demandé qu’elle lui écrivît quelques lignes où elle s’engagerait à demeurer chaste durant une certaine séparation. Le Marquis de La Châtre, puéril comme presque tous les hommes se vanta de cet engagement. Le sot : Ninon put s’écrier, ironique, narquoise et terriblement sensuelle : “Ah le bon billet qu’a La Châtre !”

999679295.jpgEt Colette, séductrice du père et du fils, (Henry et Bertrand de Jouvenel) se montrant à moitié nue sur la scène en un temps où aucune femme ne s’y était encore risquée.

 

 

 

 

18 juillet 2008 | DEB | Le pied (suite)

 

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Image extraite d’une DEB-vidéo inédite

La fille de l’homme au-delà du pied voit en Blonde, (de Joyce Carol Oates) un roman sur la déchéance : “Ma mère a été dans l’autodestruction permanente. L’excès de liberté l’a rendue dingue. Elle a eu une liberté qui ne donne surtout pas envie d’être libre. ça veut dire quoi de s’octroyer la permission de se détruire? Mais Joyce Carol Oates montre aussi ça très bien: on se dit que Marilyn Monroe ne va jamais arriver sur le plateau, réussir à dire son texte, jouer juste, et pourtant, si, elle y arrive, un courant électrique se met en marche, et tout repart. Ma mère était semblable. Elle était au bout du rouleau, fatiguée et malade, et puis, il y avait la minuscule voie lactée intérieure, et elle redevenait sublime.”

Dans Rien de grave Justine Lévy romançait déjà sa vie : les amphétamines, l’avortement, la maladie de sa mère, la mort de sa grand-mère, le divorce, et comment, en 2000, son mari (Raphaël Enthoven) est parti vivre avec un mannequin (Carla Bruni), arrivé au bras de son beau-père (Jean-Paul Enthoven).

Source : JDD

Vous vous en doutez, il sera question de son nouveau livre.

17 juillet 2008 | DEB | Ne me traitez pas d’opportuniste sinon je vous colle un procès pour antisémitisme

Siné viré de Charlie hebdo, viré par Philippe Val.
Quelque chose m’échappe…
N’était-ce pas le même Philippe Val qui défendait Robert Redeker à Toulouse le 15 novembre 2006, le même Philippe Val qui a publié les caricatures de Mahomet, le même qui… qui jadis chantait avec Patrick Font “Villa mon cul” ?

Voilà ce qu’a écrit Siné :
«Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter […]. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout: il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !»

Voilà les arguments de Philippe Val :

 

«Les propos de Siné sur Jean Sarkozy et sa fiancée, outre qu’ils touchaient la vie privée, colportaient la fausse rumeur de sa conversion au judaïsme. Mais surtout ils pouvaient être interprétés comme faisant le lien entre la conversion au judaïsme et la réussite sociale et ce n’était ni acceptable ni défendable devant un tribunal.»

Quelque chose m’échappe.

D’autant que Siné réplique :
«Je reproche à Jean Sarkozy de se convertir par opportunisme. S’il s’était converti à la religion musulmane pour épouser la fille d’un émir, c’était pareil. Et (la fille d’) un catholique, pareil, j’ai jamais fait de cadeau aux catholiques.»

 

Alors, si on ne peut même plus traiter quelqu’un d’opportuniste maintenant, c’est que la résistance déjà mise à mal par la confusion sarkozienne n’est pas loin de l’encéphalogramme plat..

16 juillet 2008 | DEB | Le pied !

Quelqu’un de célèbre se cache derrière ce pied. Je peux le dire ! Et même, je pourrais retrouver à qui appartient ce pied (non, ce n’est pas celui de Ségolène).

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Cliché : DEB

14 juillet 2008 | DEB | Bourdieu donc

Histoire de ne pas finir ce 14 juillet complètement intoxiqué par cet hymne à la gloire de Sarko, revenons à Bourdieu. Comme pour se rappeler que la pensée existe…

14 juillet 2008 | DEB | Sarko Circus

Pas regardé le défilé, non, que dalle, nada. Je n’ai jamais regardé ça. Je ne regarderai jamais. Mais j’ai entendu qu’il y avait eu l’air de “Méditerranée”. Ils ont dit ça, à la radio. C’est vrai ? Une guignolade de plus ? Du Tino Rossi ? Pourquoi pas “Zorro est arrivé” ?

Paroles :

Sous le climat qui fait chanter tout le Midi,
Sous le soleil qui fait mûrir les ritournelles,
Dans tous les coins on se croirait au Paradis
Près d’une mer toujours plus bleue, toujours plus belle
Et pour qu’elle ait dans sa beauté plus de douceur
Mille jardins lui font comme un collier de fleurs…



Refrain :

Méditerranée Aux îles d’or ensoleillées
Aux rivages sans nuages
Au ciel enchanté Méditerranée
C’est une fée qui t’a donné
Ton décor et ta beauté Mé-di-terranée !




Au clair de lune, entendez-vous dans le lointain,
Comme un écho qui, sur les vagues, s’achemine ?
Entendez-vous le gai refrain des tambourins
Accompagné du trémolo des mandolines ?
C’est la chanson qui vient bercer, toutes les nuits,
Les amoureux du monde entier qu’elle a séduits.

Refrain


Je vais essayer d’en sourire.

14 juillet 2008 | DEB | Léo, again

Ces êtres qui nous quittent, et à qui parfois, on n’a pas eu la possibilité,

ou le courage ou le temps de dire…

SALUT, LES ARTISTES

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Ils ont de drôles d’idées, parfois, ces potes qui s’avisent de se barrer, sans nous demander notre avis.
Ferré, Léo, mort le 14 juillet
Diaz-Nava, Édouard, mort un 11 novembre.
La même année : 1993. En douce.
Deux potes anars qui laissent tomber.
Déjà qu’ils n’étaient pas si nombreux.
“Pas 1 sur 100″, disait Léo.
C’était il y a si longtemps.
Ce doit être du 1 sur 10.000 maintenant.
Ça devient moche, vraiment.
On va se faire chier, je vous le dis.

Dominique-Emmanuel Blanchard
BDL N°1 | Novembre 1993

Et vous, le dernier anar que vous avez croisé, c’était quand ?
1 sur 1 million, maintenant ? Même pas !

13 juillet 2008 | DEB | Du goût et de l’habitude

Et si le goût venait à me faire défaut.
Tout à coup, il y a cette inquiétude : et si je ne savais plus faire ?
Car il y a tout cet univers à reconstruire autour de moi. Mes livres sont en piles instables tout le long du mur. Ce nouveau décor de mon bureau, il y avait des semaines que je l’imaginais. Eh bien non, la réalité a ses lois ! Au fur et à mesure que j’installe les objets tout se passe comme s’il y avait une place précise pour chacun d’eux. Je vois bien qu’il va falloir y aller par petites touches. Avec patience. Or, je suis dans l’impatience. D’avoir tout vidé dans ce bureau où j’ai vécu durant quinze ans, d’avoir repeint murs et plafond, d’avoir refait le sol m’a montré comme tout s’abîme, se dégrade.
Mon Dieu, comme tout était sale, et pourtant comme tout semblait paisible. Tous ses fils, toutes ses habitudes, tous ses arrangements, tout cela est à revoir.
Et tous ces livres inutiles…

C’est décidé je vais faire un tri terrible. Je vais resserrer autour des essentiels. Mais il y a la question de ces livres dont je vais me débarrasser. Les donner ? A qui ? J’en dresserai ici une liste de ces livres que je vais abandonner…
Avis aux amateurs…

11 juillet 2008 | DEB | L’Ange est mort

“L’Ange” Guy Lardreau est mort.
Cliquez pour rejoindre le blog des “sentiers de l’âne qui en fait récit.

11 juillet 2008 | DEB | Marina | Erri De Luca

Pour Marina, par Erri De Luca

Le corps de Marina tente une dernière résistance contre l’extradition, qui n’est autre pour elle qu’une sépulture de vivante.

 

Son corps me tient à coeur. Il est son dernier retranchement, une fois toutes les raisons rejetées, toutes les défenses anéanties.
Aucun intérêt d’évoquer ce qui se passe chez nous. Nos feuilles de choux répètent comme des petits perroquets bien dressés le bobard qui parle d’une Marina en fuite, tombée dans un banal contrôle de police. De cette façon, ils la font passer pour naïve et clandestine. Chez nous, le respect des faits n’est dû qu’aux puissants.
En France, les mots ont encore une dignité à défendre. Le corps de Marina dépend de ces mots. D’une signature ou d’un refus de signature, d’un geste de la main qui dans une pièce confortable décide du sort d’un corps épuisé dans une pièce dépouillée.

Je soutiens les dernières fibres qui retiennent la vie de Marina.

Je soutiens son “non” extrême, qui choisit de s’éteindre au lieu de se livrer au premier jour d’une peine sans fin. Depuis presque un an, Marina est prisonnière d’un jour zéro.

Elle a été une révolutionnaire, elle s’est battue sans aucun profit personnel, avec une foule d’insurgés dans l’Italie des années 70. Elle a perdu, fait de la prison, s’est réfugiée en France et il y a un quart de siècle qu’elle a prononcé son définitif adieu aux armes. Elle a été condamnée par une justice d’exception, qui aujourd’hui ne lui reconnaît même pas un seul des jours de prison purgés pendant des années dans les pénitenciers d’Italie.

Aujourd’hui, elle a raison et le droit de confier à son corps sa dernière résistance.

Lèvres cousues, regard éteint, Marina met ses quatre os en travers, ultime obstacle au chemin qui la ramène en arrière, dans l’obscurité d’un pays excité par des rancunes et des peurs. J’approuve son choix : que ce ne soit pas l’Italie, mais la France, terre de deuxième vie, la responsable du corps de Marina, mort ou vif.

Erri De Luca Paris, journées du 9 et du 12 juillet 2008


Lien vers le site parole donnée

10 juillet 2008 | DEB |Carla et la “faune de Rungis”

Magnifique d’entendre Carla Sarkozy parler sur France Inter de la “faune de Rungis” qu’elle trouve si intéressante.

Bientôt elle va nous parler de flore, le café, bien sûr. J’aimerais bien la voir assise à la place de Sartre.

Les philosophes, c’est une spécialité chez elle.

D’Enthoven à Sarko, on le voit, elle ne cesse de s’élever.

Basta !

 

9 juillet 2008 | DEB | Proust, la jeune fille et moi

Cette jolie journaliste retire ses fines lunettes pour se pencher vers moi.

- C’est une sorte de questionnaire à la Proust, dit-elle avec ce sourire désarmant des jeunes filles en fleurs devant ces hommes, charmants, et à l’automne de leur vie.
- Je suis à vous, répondis-je, ce qui est une manière de parler n’est-ce pas !

- Le premier livre que vous avez lu ?
- Mais je m’en souviens très bien figurez-vous ! C’est Pipo le magnifique de Dominique François. Vous remarquerez qu’il s’agit de deux de mes prénoms, et que, forçant le trait, je pourrais être un pipeau magnifique. C’est de 1958, dans la collection Rouge et or aux éditions G.P. 80 rue Saint-Lazare, Paris 9e. J’ai retrouvé ce livre dans une brocante. L’original, je me demande si je ne l’ai pas eu en prix. À mon époque, à la fin de l’année scolaire, une cérémonie était organisée, au Casino. Des livres nous étaient offerts. Je me souviens d’une année où ma soeur avait reçu Quentin Durward et Ivanhoé. Mais je fais sans doute un peu long…

 

- Votre premier film.
- Il y en a deux. je ne sais plus lequel j’ai vu en premier. Était-ce Un Homme se penche sur son passé ? ou Inouk ? avec, peut-être Anthony Quinn. Dans les deux films il y avait beaucoup de neige. Et j’ajouterai un troisième, Cet homme est un requin, que j’ai vu près de La Rochelle dans un camp américain. À la réflexion ce pourrait être celui-là le tout premier. Je ne l’ai jamais revu; de plus, il était en VO américaine, de sorte que je ne pourrais même pas vous raconter l’histoire. Nous étions vers la fin des années 50, et j’ai gardé le souvenir de cette base américaine où il y avait absolument tout et, au cinéma, on mangeait du popcorn.

Ma petite journaliste a un petit sourire et avale une gorgée de bière (brune la bière, pas de la Guiness, mais presque) :
- Votre premier émoi… d’ordre, disons, sensuel…

- Mais je m’en souviens très bien aussi. C’est aussi autour de 1959, vous n’étiez pas née, et vos parents peut-être pas non plus. C’était bien entendu à Fouras (qui est une presqu’île, près de Rochefort, en Charente Maritine - c’était alors la Charente inférieure). Je me souviens que je lisais beaucoup d’illustrés et de romans-photos (ma soeur adorait Confidences, et c’est très certainement là que s’est enracinée une bonne partie de mon imaginaire). Voulez-vous une confidence ? L’un des prénoms féminins que je préfère est Muriel. Je peux vous dire qu’elle était brune aux yeux bleus. Vous pourriez m’opposer que les romans-photos de cette époque étaient en noir et blanc, qu’importe, elle avait les yeux très clairs Muriel dans cette histoire. Et vous comprendrez l’émotion particulière qu’a provoqué en moi le film d’Alain Resnais, Muriel, justement, où la plus belle, la plus troublante femme du monde y est Muriel : Delphine Seyrig…

 

À ce moment le portable de la petite journaliste a sonné. Cette faute de goût m’a quelque peu contrarié. J’ai décidé de ne pas reprendre tout de suite l’entretien.

To be continued

8 juillet 2008 | DEB | La logique, cette philosophie des imbéciles

Vous allez voir que Sarko va nous parler de logique concernant cette trahison. Ah, le même qui se réjouit de la libération d’une femme malade en livre une autre que la France avait décidé de protéger !

Il va nous dire que c’est logique, que c’est conforme aux accords européens, que c’est conforme à la logique.


J’ai un excellent moyen de repérer les imbéciles : ils se justifient par la logique…

8 juillet 2008 | DEB | Petrella, prénom Marina

L’asile politique de nouveau foulé aux pieds

Le 9 juin 2008, le gouvernement a fait connaître sa décision d’extrader Marina Petrella, réfugiée en France depuis 15 ans.
Le pouvoir justifie sa décision par la lourde peine à laquelle Marina a été condamnée par la justice italienne. Mais il omet de préciser que cette condamnation pour des faits vieux de 25 ans remonte à 1993.
En 1993 l’Etat français, parfaitement informé de la situation, lui a permis de s’installer ici, conformément à la politique d’accueil des réfugiés italiens mise en œuvre par la France depuis le début des années 80.

Au fil de ces 15 ans l’Etat français lui a délivré un titre de séjour, des diplômes reconnus et l’a employée dans des structures publiques… Est-il concevable qu’après 15 ans d’asile, ce gouvernement balaye d’un simple décret la vie d’une femme et de sa famille, sans aucune considération pour tout ce qu’elle a construit au cours de ces années ?

 

Une fois de plus, la vie d’une personne ne pèse pas bien lourd face aux exigences cyniques des Etats.

 

Qu’il s’agisse de flatter un pays voisin qui se montre toujours incapable de regarder en face son histoire sociale et de trouver une issue politique au conflit, ou qu’il s’agisse d’une mascarade d’anti-terrorisme pour satisfaire une opinion publique sous l’emprise du discours sécuritaire, cette extradition est totalement inacceptable.

 

Elle s’inscrit dans le cadre d’un véritable populisme pénal qui ne connaît comme méthode de gouvernance que la poursuite d’une vengeance infinie.

 

L’état de Marina Petrella est extrêmement préoccupant

 

Les dix mois d’enfermement au cours desquels Marina s’est vue, en dépit de toute logique, refuser une mise en liberté provisoire, ont miné sa santé physique et psychique. La séparation d’avec ses filles - la plus jeune est âgée de 10 ans -, la cruelle réalité carcérale que connaissent les détenues de Fresnes (rappelons que l’hiver dernier l’une d’entre elles, Lucilia, est morte faute de soins), ajoutées à la perspective d’une détention sans limite en Italie, ont fait qu’elle a désormais basculé dans une grave dépression, qui a contraint les autorités pénitentiaires à l’hospitaliser une première fois le 11 avril.

 

Marina hospitalisée pour la seconde fois

 

Marina avait été remise en cellule à Fresnes le 30 mai, mais depuis le jeudi 12 juin elle est à nouveau hospitalisée car son état, loin de s’améliorer, c’est encore aggravé - la sénatrice Dominique Voynet qui lui a rendu visite en tant que parlementaire le 19 juin a témoigné d’un état de dépérissement très inquiétant.

 

Marina a renoncé aux visites de ses proches et ces dernières semaines, a cessé de s’alimenter normalement, et l’administration redoute ouvertement un acte fatal. Il s’agit d’une véritable « grève de la vie ».

 

Lien

7 juillet 2008 | DEB | Tarifs

Merci à ma très chère C. qui me fait parvenir ces tarifs un peu particuliers.  A lire dans son intégralité, c’est absolument savoureux. 1915, en plein dans la “Recherche”.

6 juillet 2008 | DEB | Petite histoire de la fellation

Dimanche-bricolage (je refais mon bureau) pas de télé, pas de radio, bref, comme me voilà un peu déconnecté je suis allé faire un tour sur un blog que j’aime tout particulièrement. Et, figurez-vous qu’aujourd’hui je me suis mis à imaginer La Montespan administrant une fellation à Louis XIV qui avait, quand même, le bon goût d’accrocher à sa royale queue, un collier…
Voilà que le blog d’Agnès tombait à point…

La planète sexe, vue et racontée par Agnès Giard

Avaler la pilule, boire au goulot, faire un pompier, gober le merlan, prendre en gargue, prendre en poire, prendre la pipe, se laver les dents… Vous en voulez encore ?

 

Kumi

Bien qu’elle reste une pratique marginale (s’il faut en croire les enquêtes de trottoir), la fellation inspire les expressions les plus poétiques du monde. On dit aussi : se faire irrumer, souffler dans la peau d’anguille, sucer le manche du gigot, tailler une plume, téléphoner dans le ventre, pomper le dard, se la faire allonger, téter le flageolet, etc. Mais c’est Frédéric Dard le bien-nommé qui invente les plus belles expressions.
Dans San Antonio, on relève donc, parmi les plus savoureuses : acharner le chipolata, allumer un calumet, arracher le copeau, aspirer le glandulaire, avoir la bouche amidonnée au sirop de burette, babiner le bolet, biberonner la bistoune, briquer le chinois à l’encautique des glandes, clapoter le zigomar, décapsuler le lutin fôlatre, dévaler le thermomètre à moustache, étancher le bigorneau, se faire bipolariser la guimauve, geysériser dans la gargante, gloutonner le polduk, lichouiller une tête de zob, mâcher la membrane, pratiquer le fourreau à 37°, sonner de l’olifant, faire sucette, tirer sur le bambou, turluter le salami, zorber le grec.

Et maintenant, un peu d’histoire :

3,18 millions d’années av JC : Lucy, notre ancêtre pratiquait-elle des paléo-fellations ? «Sûrement, affirme le paléontologue Yves Coppens. A l’époque, il n’y avait pas d’interdits

Egypte antique : les prostituées égyptiennes sont les premières femmes à se mettre du rouge à lèvres, pour signaler leur spécialité. Leur religion encourage cette pratique : c’est en le suçant qu’Isis, déesse de la fécondité, redonne la vie à Osiris, dieu des morts.

1er siècle av JC : Cléopâtre aurait un jour gagné le surnom de Cheilon («grosses lèvres») en exerçant ses talents buccaux sur une centaine d’hommes de garde.

Babylone : les prostituées phéniciennes aiment enduire de miel les sexes virils avant de les lécher.

1er siècle ap. JC : les Anciens Romains méprisent les fellateurs, qui «phénicianisent» (se laissent pénétrer dans la bouche). On menace les voleurs de les «irrumer». «Les voleurs, si je les surprends, je leur mets dans la bouche», signalent les panneaux devant les jardins potagers. Terrible menace assurément.

Ve siècle : chez les catholiques irlandais, la fellation est punie de quinze ans de prison au même titre que l’homicide.

XIXe siècle : Le Grand Larousse donne pour troisième définition du mot «éjaculation» : «courte prière, récitée avec ferveur».

1850 : le Révérend Père Louvel décrit, dans son Traité de chasteté, la fellation comme «une criminelle profanation de la chair et un abus abominable des organes génitaux qui dénote un penchant irrésistible à la luxure».

1891 : Verlaine écrit dans son recueil de poèmes Hombres : «Pourléchant le périnée/ Et les couilles d’un mode lent/ Au long du chibre contourné/ S’arrête à la base du gland». Ça rime !

1899 : Clemenceau prononce l’épitaphe suivant à la mort du président Félix Faure dans les bras d’une poule de luxe : «Il s’était cru César et il est mort Pompée !»

1910 : l’Anglais Aleister Crowley publie un traité où il présente seize manières de «manger» le pénis : comme une asperge, un morceau de fromage, un épi de maïs…

1966 : France Gall, âgée de 19 ans, chante sans les comprendre (dit-elle) les paroles que Gainsbourg lui a mises en bouche : «Lorsque le sucre d’orge/ Parfumé à l’anis/ Coule dans la gorge d’Annie/ Elle est au paradis».

1972 : sortie du film X Deep Throat (Gorge Profonde) avec Linda Lovelace. L’histoire : une jeune fille s’aperçoit que son clitoris se trouve sur sa glotte.

1986 : Dans le film Le Diable au corps, la jolie Maruschka Detmers pratique la première fellation non-simulée du cinéma «officiel». Cette scène lui vaut 857 interviews.

1999 : En hommage à Magritte, le 172e San Antonio est publié sous le titre Ceci est bien une pipe !

5 juillet 2008 | DEB | Thierry for ever



J’aime bien cette version-là de Thierry la fronde. On ne s’en lasse pas n’est-ce pas ?

4 juillet 2008 | DEB | Plus belle la vie

Le commandant Cousteau est mort.

L’abbé Pierre est mort.

Soeur Emmanuelle se fait trop rare.

Est-ce qu’on ne commençait pas à manquer d’icônes ?

Nous voilà une sainte, vivante, riche. Certes, le dialogue de cette nouvelle série semble écrit par l’atelier d’écriture de Plus belle la vie, mais audimat garanti.

J’exagère ?

3 juillet 2008 | DEB | What else ?

Cette publicité partout pour des esquimaux : Bâtonnets géants.
Faut savoir : petits bâtons ou pas ?

What else today ?

2 juillet 2008 | DEB | Obéissance et liberté

Selon le philosophe Robert Misrahi, on nous soumet parce que nous acceptons d’être soumis. L’exercice de la liberté irait-il jusque-là ?
Je choisis d’être soumis
.

Comment disait-il déjà Le Brave Soldat Chveïk , de l’écrivain tchèque Jaroslav Hašek, 1883-1923 (c’était la célèbre formule de l’armée austro-hongroise : « Je vous déclare avec obéissance, mon lieutenant…») ?

Oui je me souviens, il disait le brave petit soldat Chveïk : « Je déclare avec obéissance que je suis un homme libre. »

Et vous, qu’avez-vous à déclarer aujourd’hui ?

1 juillet 2008 | DEB | Lisa Mona ?



Quelque chose de Lisa Mona… (Cliché DEB)

30 juin 2008 | DEB | JP et les figues de barbarie (2)

On est là, JP et moi, sous ses pins de traviolle. Tout frémit autour. De femmes surtout. Mais nous, on est comme deux cons, là, avec nos histoires. Il me raconte ses aventures. Je lui rappelle celles des autres, du temps où on travaillait ensemble lui et moi. J’en sais beaucoup là-dessus. J’ai toujours été un confident fiable. Maintenant il y a prescription. J’ai souvent servi de go between. Parfois il me semble même que je baisais par procuration dans les coups que j’arrangeais pour les autres.
Confident des femmes, j’adorais.
Surtout quand je ne les baisais pas. Et puis, mêler boulot et baise ce n’était pas mon truc. Ou virtuel, ou par procuration, comme je l’ai dit. Et surtout, j’aimais comme elles me racontaient comment elles avaient été déçues.

J’ai commencé à rassembler des documents pour le documentaire vidéo que je vais faire sur cette entreprise qui meurt à Floirac. Cette usine qu’ils détruisent. Je vais faire oeuvre de mémoire. Pas facile pour moi qui ai finalement si peu de souvenirs de cette période où je bossais dans cette multinationale américaine. Depuis quelques jours, je parcours la mémoire d’autres. Moi, j’ai presque tout oublié.
Alors, il y a les photos. Les photos de ce temps-là. Côté bureaux, c’est maigre. Je note cette fracture : il y avait un bâtiment coupé en deux, par le milieu dans le sens de la longueur. D’un côté les bureaux, de l’autre l’atelier.
Côté atelier ils sont restés en contact.
Côté bureaux c’est l’éclatement.
Côté atelier, Roger G. tient ses listes à jour. Il note les décès, avec la date.
Ceux qui sont en vie sont restés là, dans les environs. Pas de surprise.
Côté bureaux c’est l’éparpillement.
Il semblerait que les femmes aient conservé des liens entre elles. Celui que je voulais rencontrer, l’ancien PDG qui avait ce nom qui m’avait fait frémir la première fois que je l’ai rencontré, André Breton, vient de mourir. Je devais le rencontrer en avril dernier. J’avais même demandé à être invité à leur repas annuel des anciens.
JP y était à ce repas. Mais JP s’en foutait un peu d’André Breton. Ce putain de repas aussi, quelle idée de le faire à midi ! Je préfère les dîners qui s’attardent, qui peuvent empiéter sur la nuit. J’ai loupé ce repas, et André Breton est mort quelques jours plus tard.
Je montre à JP ces films super-8 de ces années lointaines. Je ne sais pas qui a fait ces films, qui les a compilés, copiés sur DVD. Mais je vais vous dire : il vient d’André Breton. Il était en sa possession ce DVD (où il apparaît). Il l’a remis il y a quelques mois à Roger G.
Pourquoi à lui ?
Pourtant, quand j’ai commencé mes recherches pour ce documentaire sur cette usine qu’il vont détruire et dont il ne restera rien, RIEN, c’est à Roger G. que je me suis adressé tout de suite. Je n’essaie pas d’expliquer cela à JP. S’en fout. Il y a 15 ans d’absence entre nous. Et JP ne m’aimait pas beaucoup. Et nous le savons tous les deux. Et je sais bien que c’est encore là. Que ces 15 ans de séparation, il s’en fout. Et je ne peux rien lui raconter. Il faudrait alors que je change de mots, de ton, d’expression. En somme, je me la péterais.
Si je ne restais pas celui qu’il a connu et qui était un imposteur il me rejetterais vite fait bien fait. Car JP, bien que côté bureaux, était très proche du côté atelier. Les quelques anciens qu’il rencontre encore étaient côté atelier.
Du reste, JP ne me demande rien sur ce que j’ai fait durant ces 15 ans, il campe sur le passé. Ce peu de passé que nous avons partagé.
Alors, côté Algérie, je lui dis, quand même qu’il me semble revisiter son histoire par rapport à ce qu’il nous en racontait. Pourtant, à l’époque, dans les années 80, je l’interrogeai JP : T’en as tué combien de… ?
Quel mot désignait alors les Algériens ? Fellouzes ? Arabes ? (mais bien sûr que je sais les mots qui nous servaient et qui, naturellement, devaient être de l’ordre de la caricature, de l’outrance - de l’outrage ). Et alors, tu t’en aies tapé combien de petits Arabes ? Cette mémoire, cette mémoire du sens, je l’ai toujours.
J’ai oublié leurs visages, leurs voix, mais tous ces gens que j’ai connus, lorsque je me souviens d’eux, je me souviens de ce qu’ils pensaient…

29 juin 2008 | DEB | JP et les figues de barbarie (1)

C’est comme ça. Cette alternance. De la lumière à l’obscurité. Et ça se joue dans les deux sens. Sans cela je ne pourrais rien faire. Il faut ce va-et-vient. Bord de Garonne, mon frais bureau, TGV, métro, voiture, caméra, banc de montage, le roman pluriel, le vieil homme, et cet autre que je viens de revoir.
Je vais parler de lui. JP.

Après 15 ans. Ici, près du Bassin, Petit Piquey ça s’appelle. Saucisses au barbecue. Il s’appelle JP donc, lui, celui de Petit Piquey. il m’a invité à déjeuner. C’est pour ça, les saucisses, et le rosé, du Boulaouane (Maroc). Il a fait l’Algérie, JP. La guerre. Que j’arrive tout droit de chez Jeanson, ça l’irrite. Mais je lui dis qu’il me semble qu’il se met à revisiter son histoire le JP. L’Algérie, sa guerre là-bas, je me souviens qu’il n’en faisait pas un plat jadis. On rigolait même pas mal là-dessus, finement : les chèvres et les figues de barbarie. Je vous expliquerai. Mais vous savez peut-être pour les figues de barbarie…
C’est ici l’été, comme à beaucoup d’endroits en ce moment. Je peste contre ces touristes, ces envahisseurs. Se comportent comme des veaux la plupart. En somme je suis d’ici aussi. Des mois que j’y viens désormais pour retrouver le vieil homme, deux fois par mois. Mais il y a les femmes, filles-femmes, femmes-filles, est-ce que je sais moi.! Déjà brunies. En robe blanche. On sait que c’est en été que ça baise le plus. En août surtout. Neuf moisplus tard ça donne des Taureaux. Et justement, avec JP, après les saucisses-lentilles, sous les pins, avec malgré tout un petit vent qui me cisaille les reins, il est question de femmes. Voilà : les hommes parlent femmes. Il a près de 70 balais mon pote JP. Je lui demande, pour les femmes. “Mon pôvre, si tu savais, je pense qu’à ça.” S’en cherche une en ce moment le copain. Dix ans qu’il est à la retraite dans sa petite maison sans étage, et qui était en 49 une cabane de planches. Il me rassure le JP. On sait pas vous savez. C’est commode pour ça les vieux. A un moment les hommes ne mentent plus, ou presque plus, en tout cas pas sur ça. Avec les souvenirs, oui, ils bidonnent, mais sur le présent ils disent la vérité.
Ils sont précieux pour ça les vieux, pour vous annoncer votre avenir.

à suivre

28 juin 2008 | DEB | Le petit blanc à la caméra rouge

 

Je vois bien qu’ils s’inquiètent beaucoup pour cette histoire de suppression de pub à la télé. Je comprends, oui, que ça menace des emplois. L’ennui, là-dedans, c’est que la plupart de ceux qui sont chargés de nous informer (les journalistes de la presse écrite et télévisuelle) sont payés par la pub…
Tiens, hier j’ai regardé sur la chaîne 5 un documentaire extraordinaire sur des gens qui font le chemin vers Compostelle. Passionnant, intelligent, sensible. Doit coûter trois francs six sous à faire ce type de film. On pourrait en faire combien de documentaires avec ce que bouffent les dégoulinades des Drucker et autres Sébastien ?

Car il y a une foultitude de choses qui se font en vidéo.
Un exemple ?
J’ai vu à la médiathèque de Pessac il y a quelques jours Le Petit blanc à la caméra rouge consacré au film de René Vautier Afrique 50. Un bijou signé Richard Hamon.

Tourné en Afrique de l’Ouest en 1949 par un très jeune homme (René Vautier) à peine sorti d’une école de cinéma, censuré en France de 1950 à 1990, Afrique 50 est, dans l’histoire du cinéma français, le premier film ouvertement anticolonialiste. Cette attaque en règle de la politique africaine de la France fût un brûlot, que le gouvernement français tenta d’étouffer par tous les moyens. C’est aussi le premier film de René Vautier qui réalisera en 1971, Avoir vingt ans dans les Aurès, une autre œuvre emblématique de la représentation de la politique française en Afrique.
En retraçant les pérégrinations de son réalisateur entre l’Afrique et la France, en re-situant Afrique 50 dans le contexte historique et politique des années d’après-guerre, Le Petit Blanc à la caméra rouge propose de (re)découvrir ce film en noir et blanc de 17 minutes.
René Vautier, en 1949, à peine sorti de l’IDHEC, part pour l’Afrique réaliser un film pour la Ligue de l’Enseignement pour « dire vrai le monde ». René Vautier a 21 ans et n’est pas encore le réalisateur qui remportera, en 1972, le Grand Prix de la Semaine internationale de la critique du festival de Cannes avec Avoir vingt ans dans les Aurès.

Afrique 50 sera le début d’une carrière mouvementée. Depuis cinquante ans, René réalise des documentaires dans lesquels il s’engage, en tant que cinéaste bien sûr, mais aussi en tant que militant. Ce sont parfois des œuvres collectives, plus rarement des fictions. Sa filmographie est celle d’un homme en colère qui, après s’être battu adolescent dans les rangs de la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, a continué pacifiquement le combat, caméra au poing. Vautier a filmé, de façon prépondérante, les luttes anticoloniales en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord, et les luttes sociales en France. Il a reçu en 1998, le Grand Prix de la SCAM pour l’ensemble de son œuvre. Il vit aujourd’hui à Cancale et reste un conteur infatigable.

 

Le Petit blanc à la caméra rouge dure 57 minutes. Sous la caméra de Richard Hamon, Vautier raconte comment il a pu récupérer les 17 minutes qui constituent le film Afrique 50.

24 février 2008

Séjour avec le vieil homme

Le silence comme expression suprême du trop à dire ! Il me semble. Oui, il me semble que parfois je préfère le silence à quelque chose de très pertinent mais, en, somme quelque peu dangereux que je pourrais dire et, a fortiori, écrire. Il y va de la responsabilité. Sartre me colle donc toujours à la peau. Cette souffrance, qui est là, je m’empêche souvent de la dire. Pour ne pas désespérer Billancourt ? Oui, il y a de ça. Trop c’est trop. Parfois, on sent que l’on va mourir, très bientôt.

À passer ces week end avec le vieil homme je sens que je me dégrade, que je me détériore. Comme si, un peu de la proximité de la mort qui est en lui, j’en absorbais une partie. Je sais en même temps que je somatise. Qu’en quelque sorte, je me rends malade. J’en viens à souffrir de maux identiques aux siens : j’ai, comme lui, les tripes en capilotade. Je suis au diapason. Je deviens le vieil homme. Je pourrais dire que je vis ma vieillesse par procuration, par anticipation. Avec la peur au ventre à certains moments. Cette peur au ventre n’est pas ce que l’on pourrait croire. Je ne suis pas certain que je pourrais tenir longtemps à venir vivre avec le vieil homme chaque week end. Mais je me suis engagé. Trop vite. Comme on dit : à la légère. Je ne peux plus reculer. Il me dit que mes séjours l’aident. Je deviens son scribe. J’écris quelques phrases qu’il ne dicte. Mais il se perd dans ses phrases sinueuses. La phrase proustienne s’enlise, se casse net. Il ne parvient plus à reboucler comme il savait si bien le faire et comme ça m’agaçait tant quand il renvoyait toujours à la question qu’il pose à peine. Je me demande s’il n’est pas tout simplement obsolète. Il n’y aura peut-être pas de 19e ou 20e livre (je n’ai pas fait le compte exact de ce qu’il a écrit). Sa main se refuse à écrire justement. Je lui dis qu’il devrait essayer avec un ordinateur portable. Il en refuse l’idée avec une certaine suffisance ; comme si c’était indigne de lui. Quand je lui dis que j’ai trouvé certaines informations concernant Tran Duc Thao sur internet il me regarde d’un air désolé. Internet n’est d’aucune réalité pour lui et n’est qu’une vaste mascarade. Pour lui, il n’y a que les livres, et le stylo. Il me dit qu’il a peut-être déjeuné avec Tran Duc Thao dans les années cinquante. C’est tout ce qu’il peut me dire. Je lui parle des cinq entretiens que le philosophe Vietnamien aurait eus avec Sartre et qui deviennent une sorte de légende. Il m’écoute à peine.

Je lui fais part de ce que m’a écrit Michel Rybalka :

Cher Dominique-Emmanuel Blanchard,

Tran Duc Thao a beaucoup circulé dans le milieu existentialo-sartrien à la fin des années quarante et jusqu'en 1951, date à laquelle il est retouné au Vietnam. Il a publié plusieurs articles sur "Existentialisme et marxisme", etc., et il a eu des entretiens assez poussés avec Sartre, Merleau-Ponty et d'autres. A un moment, vers 1950-51, il a été question qu'il fasse un livre d'entretiens avec Sartre, mais l'essentiel de ses discussions a été transféré à un volume à son nom, Phénoménologie et matérialisme dialectique paru au Vietnam en 1951 et republié par la suite, volume que je n'ai jamais vu. Il est possible qu'il existe quelque part un manuscrit où Duc Thao consigne les discussions qu'il a eues avec Sartre. Il y a pas mal d'infos sur Duc Thao par google.

Amitiés, Michel Rybalka.

Si Sartre était vivant je crois qu’internet l’intéresserait. Je le crois, c’est tout. Même si je répugne à faire parler les morts. Nous ne parlons plus guère de Sartre avec le vieil homme. Nous parlons de peu de choses. Il y a les rites. Les gestes millimétrés. Les prises de médicaments. La manière de l’asseoir à table pour le déjeuner et le dîner. Je l’interroge pour savoir s’il préfère sa robe de chambre ou sa veste d’intérieur. Il faut, sur la chaise, des coussins disposés d’une certaine manière. Il faut le plaid quand il est dans son fauteuil durant la journée. Il faut la bière brune sur sa table de chevet, tournée dans un sens précis, il faut aussi le verre d’eau, le verre de jus de fruit. Il faut que les oreillers, quand je lui donné son somnifère soit à une certaine hauteur. J’ai acheté une sonnette sans fil. Comme ça, la nuit comme le jour il peut se rendre aux toilettes seul ; s’il tombe il y a le bouton poussoir qu’il porte désormais au bout d’un cordon autour du cou. Car s’il tombe il ne pourra pas se relever, il est si maigre, si fragile, si peu assuré sur ce squelette parfaitement perceptible sous la peau. Sa peau est étonnamment jeune, à peine fripée. Il a gardé, malgré tout, un corps de jeune homme.

Quand je l’aide à marcher dans le jardin, quand je l’aide à faire ses exercices de kiné il me dit parfois : Dire que j’ai été un humain. Comme ça, en passant.

Il ne se plaint pas. Ou juste de ses intestins, de ses tripes en capilotade. Je ne lui dis pas que je ne vais pas bien non plus. Je ne lui dis rien de moi, ou presque.

Peu à peu, à côté de lui, je cesse d’exister.

17 février 2008

Soirée de gala

C’est généralement les soirs de grand désarroi existentiel qu’il débarque. Certes, je l’appelle un peu de tous mes vœux, mais quelquefois le bougre est aux abonnés absents. Ce soir-là, c’était un samedi j’étais seul, ou presque, près du bassin d’Arcachon auprès d’un vieil, vieil ami qu’un somnifère avait entraîné loin de moi. Aussi, me suis-je calé, verre de bordeaux en main devant un magnifique et grand écran plasma.

ACTE I

Je suis tombé sur la deuxième chaîne de télévision française du service public. Là, j’ai vu des gens s’égosiller (je pense qu’ils essayaient de chanter). C’était une émission de variétoche plutôt moche comme ils savent si bien en produire, avec des lumières bleues qui dégueulent partout. Il y avait une blonde qui riait bêtement, mais très très bêtement. Il y avait Laurent Ruquier (que je vois bien en successeur de Michel Drucker — au secours, il y en a pour 30 ans —) et surtout il y avait ce présentateur (Nagui) qui visiblement se fout de la gueule de tout le monde, qui vous regarde en ayant l’air de dire : « Je vous emmerde, et je prends le fric. Vous êtes tellement cons que je n’ai même plus à dissimuler la joie que j’éprouve à vous présenter cette émission de merde qui va me rapporter un max de pognon. »

C’est à ce moment que le Persan est arrivé.
— Vous n’avez pas honte ? m’a t-il demandé.
— Non, je n’ai pas honte : je suis humilié.
— Je comprends cela, poursuivit-il. Comment le pays des Lumières a t-il pu tomber si bas ?

J’en étais bien d’accord. Sur l’écran, Ruquier et la blondasse en karaoké massacraient Harley Davidson. Ils semblaient beaucoup s’amuser. Nagui irradiait, et soudain, la bande son s’arrête : le texte qui défile à l’écran est amputé de deux mots (même moi, je savais les deux mots qui manquaient : terrible engin — le terrible engin, c’est la moto où BB était comme une sphinge (sphinge est le féminin de sphinx, précise mon Persan, un peu pédant à l’occasion). Et les autres, ils ne savent pas. Nagui explique que d’ n’est pas un mot, que ça ne compte pas pour un mot. « Ah, bon, je croyais que c’était un mot d ! » s’esclaffe la blondasse qui sur ce coup-là partage avec la connerie ambiante l’idée selon laquelle l’ignorance est le degré suprême du raffinement. C’est du direct. Nul doute qu’à l’enregistrement ça aurait sauté, mais là, sur le visage béat de cette idiote (dont je ne connais pas le nom), toute la bêtise du monde, bien grasse, bien satisfaite d’elle-même resplendit…

— Je me sens humilié, dis-je encore.
— Mais vous savez, vous n’êtes pas obligé de regarder, rétorque mon Persan qui, à l’occasion prend l’accent de ce que les imbéciles (encore eux !) appellent le bon sens.

ACTE II

Alors j’ai zappé.
18 ou 20 chaînes. A part itélé et BFM qui font leur boulot d’infos, partout c’était à gerber : de la complaisance, du vide sidéral, du néant concentré, du rien monumental, institutionnalisé.
Et puis, je suis tombé sur une pièce de théâtre avec Christiana Réali. Qui n’est pas italienne mais d’origine (comme je l’ai d’abord pensé, de même que je croyais que son prénom était Patricia, — mais Google veille sur nos défaillances — femme de Francis Huster.)
J’ai pensé que c’était une pièce drôle parce que c’était plein de vulgarité. Elle a une jolie voix cette actrice. C’était bien filmé, avec une astuce de mise en scène intéressante : les accessoires, table, chaise, lit, canapé étaient fixés sur un plateau, lequel plateau glissait sur un rail. Il y avait deux voies. Hop, un canapé arrivait du côté cour (ou du côté jardin) sur la scène. (PS. Comme je suis quelqu’un de sérieux, je me suis renseigné : la mise en scène est signée John Malkovich). Il y avait Vincent
Elbaz dans cette pièce. Je crois que souvent il se demandait ce qu’il foutait là le Vincent. Mais comme dit le truc : quand le vin est tiré.… J’avais l’impression qu’il n’en avait rien à foutre de cette pièce le Vincent. Il y avait aussi Ariel Wizman, un présentateur de Canal+. Il ne manquait d’Arthur ou Claire Chazal. Bref, cette histoire d’accessoires qui glissaient tout seuls, on voyait que ça occupait pas mal les acteurs. Par exemple, ils sont deux à une table de bistrot, avec deux chaises. Ils posent les chaises à côté de la table, et paf, quand ils ont fini leur scène il faut ranger tout le bordel. Alors ils remettent les chaises sur la table et hop, la table glisse hors de la scène. Vous voyez le truc ? Tout ça parce que les scènes s’enchaînent. Même qu’à la fin le Vincent doit faire le ménage parce qu’il a mis de la crème chantilly dans un gobelet en carton et que la Réali, d’un geste brusque envoie valdinguer le gobelet. (Le mal qu’il se donne le Vincent à faire le ménage !) Je me demande si pour les acteurs ça ne fait pas beaucoup de jouer aussi les accessoiristes.
Je ne sais pas très bien ce que c’était cette histoire. En gros, il me semble que Christiana écrit des romans qui n’ont pas de succès. A un moment c’est Vincent qui signe un roman de Christiana et bingo c’est un best. Mais la Christiana se drogue et ne veut plus, ne peut plus écrire. Le Vincent fait ce qu’il peut. Il refile même 20.000 dollars (ça doit se passer en Amérique) pour que le dealer qui est un copain à eux se tire ailleurs.
Malgré tant d’artifices, vers la fin, j’ai trouvé qu’elle était assez exceptionnelle la Christiana dans le genre loque humaine…

C’est qu’il se passe souvent ceci avec le théâtre : on finit par tomber en sympathie avec les acteurs. C’est qu’ils mouillent la chemise, surtout quand le texte est un peu à la ramasse, surtout quand la gestuelle imposée à certains moments est pour le moins grotesque, surtout quand les astuces de mise en scène tournent au procédé et qu’on se dit : pourvu qu’ils n’oublient pas de tout remettre en place, surtout quand il y a tous ces défauts on s’y attache aux acteurs. Même si, une scène boulversifiante (Christina dos au public et se met à sangloter — on se dit que c’est sans doute une bande son qu’on entend avec ces pleurs déchirants et que c’est tant mieux) même si, à cela qui est plutôt réussi succèdent deux scènes ratées parce qu’inutiles et d’un expressionnisme physique assez ridicule : elle doit bien s’envoyer plusieurs litres d’eau la Christina quand elle décide de se suicider aux détergents, et le pompon, c’est l’agonie… Ah, comme elle agonise bien Cristiana… ces raidissements des membres, ces soubresauts… C’est pas le Cid, c’est le suiCid…

Quand j’ai demandé son avis à l’ami Persan, il n’était plus là.
Et vous, vous êtes encore là ?

ÉPILOGUE

Je suis allé voir sur le net ce que c’était cette pièce assez indigente : il s’agit de Good Canary, de Zach Helm, Adaptation de Lulu et Michael Sadler, mise en scène de John Malkovich (y a des moments je ne voudrais pas être dans sa peau (suis-je drôle tout de même !). Théâtre Comedia 4, boulevard de Strasbourg • 75010 Paris

J’ai trouvé, après avoir écrit ce texte ceci : http://www.lestroiscoups.com/article-12928443.html.

Vous êtes toujours là ?
(Franchement, dites-moi si mon pudding ci-dessus est comestible…)

14 février 2008

Méditation zéro

11 février 2008

Retour d'exil

C’est en somme comme si je revenais d’outre-tombe.
Quelques jours dans l’antichambre de la mort.
Je n’ai rien fait de ce que j’avais prévu : ni photos, ni entretiens. Cette réalité-là, seuls les mots pouvaient s’en approcher, et surtout pas l’image, non, pas l’image. Elle ne dirait rien l’image du bruissement des silences, des voix du silence.
J’ai passé quelques jours avec ce vieil ami, si faible qu’il est comme un enfant. Mais cet enfant-là sait qu’il pouvait les accomplir ces gestes du quotidien, et qu’il ne peut plus, et qu’il faut l’aider à faire ce qu’il a fait toute sa vie, et qu’il pourra sans doute de moins en moins faire.
Cette lucidité je ne peux l’éviter. Je vois la mort à l’œuvre chez mon vieil ami et tous les codes sont brouillés. Tantôt je suis l’ami, l’éditeur, tantôt celui qui doit aider aux gestes élémentaires. Je vois la déchéance du corps, et, curieusement j’en suis attendri. Parce que, vaille que vaille il faut faire avec ça. Il n’y a pas d’embarras de Francis par rapport à son propre état. Peut-être a-t-il décidé une fois pour toutes que ça n’avait pas d’importance. Parce que nous savons lui et moi que le sens est ailleurs. Le sens est dans ce qui a été donné, partagé à des moments particuliers. Le spectacle est désormais intérieur.
Il y a là où il n’y a pas.
Il a fallu deux jours pour que se dissipe l’effroi que j’ai éprouvé la première nuit, passée dans le petit chalet à peine à l’écart de la maison. Divakar, le fils de Francis qui habite en Inde depuis près de 40 ans venait de vivre deux semaines avec son père et partait le lendemain — j’étais là pour lui succéder, en quelque sort.
Dans ce chalet où j’ai dormi (si peu, si mal) à mon arrivée, pendaient à un portant sur roulettes les vêtements de Christiane. Il y avait aussi cette porte vitrée dont le verre était cassé : choc du cercueil de Christiane. C’est là que les pompes funèbres avaient entreposé le corps et le cercueil…
Pourtant, je suis, je crois (quoique), assez serein par rapport à la mort. La mort n’existe pas. La nommer avec parfois une certaine complaisance ne me fait pas oublier qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est qu’un processus du vivant. Une usure, rien de plus, auquel répond le vivant comme il peut. Car le soir de la vie apporte aussi sa lampe.

Simone de Beauvoir, évoquant Sartre, termine La Cérémonie des adieux sur : «Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C’est ainsi ; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps nous accorder.»

C’est ainsi, oui, je ne suis plus avec Francis Jeanson celui de ces dix années où nous nous rencontrions pour « travailler ». L’homme à qui je prépare désormais le repas a de longs silences que je cherche plus à combler. Nous restons longtemps sans parler. Puis il y a quelques échanges anodins. Tout à coup, à un moment où je parlais de derby, rugby, Bayonne-Biarritz (Biarritz où j’étais il n’y a pas si longtemps avec JLV pour rencontrer un producteur télé pour, justement, un documentaire sur Francis) Francis donc, évoque le BAB (b.a.b) le tramway, ou train entre Bayonne et Biarritz qu’il a emprunté sous l’Occupation pour rejoindre les Forces françaises en Afrique du Nord.

La maintenance à domicile des personnes âgées demande beaucoup d’organisation, beaucoup de soin : médecin, infirmier, kinés, aide-ménagère. Ce sont des rendez-vous que la personne âgées ne prend pas à la légère. Il faut que la petite boîte de pilule (le semainier) soit remplie le lundi. Le rite doit être impeccable, la présence constante. Pas question de s’éloigner. C’est une sorte de réclusion à laquelle, après trois jours je commençai à m’habituer.

Quand même, profitant d’un moment où Francis ne serait pas seul j’ai filé au supermarché. J’ai acheté des plats préparés chinois pour notre dîner en tête-à-tête le vieil homme et moi.
Et du champagne rose.
Que j’ai bu seul.

03 février 2008

Et si le miroir s'inversait

Je risque d’être quelque peu absent à partir de mercredi.

Je serai près de la mer, enfin presque : sur le bassin d’Arcachon. En cette saison, ce sera plutôt tranquille je crois. Je vais essayer de travailler sérieusement chez, et avec mon vieil ami Francis Jeanson. Nous serons seuls lui et moi. J’ai fait la liste de ce que je dois emporter : l’ordinateur portable, la PD 170 (c’est une caméra vidéo), un tas de cassettes vidéo, l’appareil photo numérique, une imprimante, les chargeurs (c’est fou ce qu’il faut comme chargeurs : d’ordinateur, de téléphone, de caméra, de piles rechargeables).
Nous allons travailler. Un peu coupés du monde. Entre Francis et moi, il y a 27 ans d’écart. Je vais l’aider à écrire ce qui sera sans doute son ultime livre, et moi je me mettrai peut-être à ce roman à l’escale depuis tant de mois. Il y a aussi cette équipe de cinéma qui va venir de Paris pour le documentaire sur Simone de Beauvoir. Et ce film que je fais sur Francis depuis plusieurs années. Cela fait beaucoup, mais pas tant que ça si je prends la mesure du temps dont je vais disposer. Plus d’internet (l’ordi de Francis est un mac, et il est en panne. Moi, vous savez, les macs !). Alors j’irai faire un tour dans un cybercafé de Claouey pour lire mes courriels et répondre aux plus urgents. Je vais faire ça : prendre du large, et laisser décanter ce que je vais laisser ici : est-ce qu’avant mercredi la liste de gauche aux municipales et que je dois conduire sera bouclée, je ne sais pas. Je ne sais pas non plus ce que va être la vie durant ces quelques jours avec le vieil homme. Il y aura parfois beaucoup de tristesse et de chagrin. Après 47 ans de vie commune, Christiane a quitté son Francis en septembre dernier. (Il y a dans les vidéos, sur ce blog, un petit film que j’ai réalisé avec Christiane.) Et puis, l’homme est fragile, et usé. C’est un petit homme de 86 ans qui se demande à quoi bon continuer de vivre. Il me pose la question, mais n’insiste pas. Il n’attend pas de réponse de moi, il sait aussi qu’il n’y a pas de réponse possible. C’est peut-être l’une des dernières fois où nous nous verrons. Alors il faudra faire le plein. Moi, je vais essayer de l’inscrire dans l’avenir encore comme je tente de le faire depuis plusieurs années maintenant. Je l’embarque dans mes projets : le film sur lui, ce livre qu’il dicte et que je transcris, le film sur Beauvoir…
Francis m’appelle DEB. Depuis dix ans, il m’appelle DEB. Comme il appelle son fils Didier, Divakar. Mais Divakar, c’est Mère qui l’a « baptisé » comme ça. Il n’y a que les gens autour de Francis qui m’appellent DEB. Il y a des sphères comme cela. Ici je suis DEB, là je suis Domi, là Dominique, là encore Emmanuel. D’autres y vont de Dominique-Emmanuel. A chaque fois ce sont des sphères différentes. Nous parlerons Francis et moi une fois encore un peu de Sartre, de Camus, du réseau Jeanson, de Roger Vailland, de Sarajevo, de qui sais-je encore, tous bien morts et enterrés, et oubliés, parfois un peu dérisoires dans ce présent fou abonné aux paillettes d’un soir : une sorte de bilan, de mise au point. Quelque chose va se terminer et nous le saurons tous les deux. Je filmerai un homme aux portes de la mort mais je mourrai peut-être avant lui.
Le miroir inversé vous savez….

02 février 2008

Le tout à l'ego

Je suis -  et c’est même une spécialité depuis pas mal de temps, je suis, dis-je, titilleur d’ego.
C’est un vieux pote à moi, l’ego. Dans une autre vie, je serai psy, attention, pas psychiatre ou psychologue, non, je serai psychanalyste, à la Lacan, vous voyez, du haut de gamme quoi !
Un jour, je lui ai posé clairement la question à mon ego à moi. Je lui ai dit : qu’est-ce que tu veux ? Sa réponse, bien sûr, je la connaissais d’avance : satisfait. Il voulait être satisfait, au moins une fois. C’est ce que j’ai fait : je l’ai satisfait. Alors il s’est tiré ailleurs.
De temps en temps il vient prendre des nouvelles. Je lui manque, le pôvre. A chaque fois, je l’envoie se faire foutre.
Et il y va.

 

Et vous votre ego ?

 

 
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