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24 février 2008

Séjour avec le vieil homme

Le silence comme expression suprême du trop à dire ! Il me semble. Oui, il me semble que parfois je préfère le silence à quelque chose de très pertinent mais, en, somme quelque peu dangereux que je pourrais dire et, a fortiori, écrire. Il y va de la responsabilité. Sartre me colle donc toujours à la peau. Cette souffrance, qui est là, je m’empêche souvent de la dire. Pour ne pas désespérer Billancourt ? Oui, il y a de ça. Trop c’est trop. Parfois, on sent que l’on va mourir, très bientôt.

À passer ces week end avec le vieil homme je sens que je me dégrade, que je me détériore. Comme si, un peu de la proximité de la mort qui est en lui, j’en absorbais une partie. Je sais en même temps que je somatise. Qu’en quelque sorte, je me rends malade. J’en viens à souffrir de maux identiques aux siens : j’ai, comme lui, les tripes en capilotade. Je suis au diapason. Je deviens le vieil homme. Je pourrais dire que je vis ma vieillesse par procuration, par anticipation. Avec la peur au ventre à certains moments. Cette peur au ventre n’est pas ce que l’on pourrait croire. Je ne suis pas certain que je pourrais tenir longtemps à venir vivre avec le vieil homme chaque week end. Mais je me suis engagé. Trop vite. Comme on dit : à la légère. Je ne peux plus reculer. Il me dit que mes séjours l’aident. Je deviens son scribe. J’écris quelques phrases qu’il ne dicte. Mais il se perd dans ses phrases sinueuses. La phrase proustienne s’enlise, se casse net. Il ne parvient plus à reboucler comme il savait si bien le faire et comme ça m’agaçait tant quand il renvoyait toujours à la question qu’il pose à peine. Je me demande s’il n’est pas tout simplement obsolète. Il n’y aura peut-être pas de 19e ou 20e livre (je n’ai pas fait le compte exact de ce qu’il a écrit). Sa main se refuse à écrire justement. Je lui dis qu’il devrait essayer avec un ordinateur portable. Il en refuse l’idée avec une certaine suffisance ; comme si c’était indigne de lui. Quand je lui dis que j’ai trouvé certaines informations concernant Tran Duc Thao sur internet il me regarde d’un air désolé. Internet n’est d’aucune réalité pour lui et n’est qu’une vaste mascarade. Pour lui, il n’y a que les livres, et le stylo. Il me dit qu’il a peut-être déjeuné avec Tran Duc Thao dans les années cinquante. C’est tout ce qu’il peut me dire. Je lui parle des cinq entretiens que le philosophe Vietnamien aurait eus avec Sartre et qui deviennent une sorte de légende. Il m’écoute à peine.

Je lui fais part de ce que m’a écrit Michel Rybalka :

Cher Dominique-Emmanuel Blanchard,

Tran Duc Thao a beaucoup circulé dans le milieu existentialo-sartrien à la fin des années quarante et jusqu'en 1951, date à laquelle il est retouné au Vietnam. Il a publié plusieurs articles sur "Existentialisme et marxisme", etc., et il a eu des entretiens assez poussés avec Sartre, Merleau-Ponty et d'autres. A un moment, vers 1950-51, il a été question qu'il fasse un livre d'entretiens avec Sartre, mais l'essentiel de ses discussions a été transféré à un volume à son nom, Phénoménologie et matérialisme dialectique paru au Vietnam en 1951 et republié par la suite, volume que je n'ai jamais vu. Il est possible qu'il existe quelque part un manuscrit où Duc Thao consigne les discussions qu'il a eues avec Sartre. Il y a pas mal d'infos sur Duc Thao par google.

Amitiés, Michel Rybalka.

Si Sartre était vivant je crois qu’internet l’intéresserait. Je le crois, c’est tout. Même si je répugne à faire parler les morts. Nous ne parlons plus guère de Sartre avec le vieil homme. Nous parlons de peu de choses. Il y a les rites. Les gestes millimétrés. Les prises de médicaments. La manière de l’asseoir à table pour le déjeuner et le dîner. Je l’interroge pour savoir s’il préfère sa robe de chambre ou sa veste d’intérieur. Il faut, sur la chaise, des coussins disposés d’une certaine manière. Il faut le plaid quand il est dans son fauteuil durant la journée. Il faut la bière brune sur sa table de chevet, tournée dans un sens précis, il faut aussi le verre d’eau, le verre de jus de fruit. Il faut que les oreillers, quand je lui donné son somnifère soit à une certaine hauteur. J’ai acheté une sonnette sans fil. Comme ça, la nuit comme le jour il peut se rendre aux toilettes seul ; s’il tombe il y a le bouton poussoir qu’il porte désormais au bout d’un cordon autour du cou. Car s’il tombe il ne pourra pas se relever, il est si maigre, si fragile, si peu assuré sur ce squelette parfaitement perceptible sous la peau. Sa peau est étonnamment jeune, à peine fripée. Il a gardé, malgré tout, un corps de jeune homme.

Quand je l’aide à marcher dans le jardin, quand je l’aide à faire ses exercices de kiné il me dit parfois : Dire que j’ai été un humain. Comme ça, en passant.

Il ne se plaint pas. Ou juste de ses intestins, de ses tripes en capilotade. Je ne lui dis pas que je ne vais pas bien non plus. Je ne lui dis rien de moi, ou presque.

Peu à peu, à côté de lui, je cesse d’exister.

17 février 2008

Soirée de gala

C’est généralement les soirs de grand désarroi existentiel qu’il débarque. Certes, je l’appelle un peu de tous mes vœux, mais quelquefois le bougre est aux abonnés absents. Ce soir-là, c’était un samedi j’étais seul, ou presque, près du bassin d’Arcachon auprès d’un vieil, vieil ami qu’un somnifère avait entraîné loin de moi. Aussi, me suis-je calé, verre de bordeaux en main devant un magnifique et grand écran plasma.

ACTE I

Je suis tombé sur la deuxième chaîne de télévision française du service public. Là, j’ai vu des gens s’égosiller (je pense qu’ils essayaient de chanter). C’était une émission de variétoche plutôt moche comme ils savent si bien en produire, avec des lumières bleues qui dégueulent partout. Il y avait une blonde qui riait bêtement, mais très très bêtement. Il y avait Laurent Ruquier (que je vois bien en successeur de Michel Drucker — au secours, il y en a pour 30 ans —) et surtout il y avait ce présentateur (Nagui) qui visiblement se fout de la gueule de tout le monde, qui vous regarde en ayant l’air de dire : « Je vous emmerde, et je prends le fric. Vous êtes tellement cons que je n’ai même plus à dissimuler la joie que j’éprouve à vous présenter cette émission de merde qui va me rapporter un max de pognon. »

C’est à ce moment que le Persan est arrivé.
— Vous n’avez pas honte ? m’a t-il demandé.
— Non, je n’ai pas honte : je suis humilié.
— Je comprends cela, poursuivit-il. Comment le pays des Lumières a t-il pu tomber si bas ?

J’en étais bien d’accord. Sur l’écran, Ruquier et la blondasse en karaoké massacraient Harley Davidson. Ils semblaient beaucoup s’amuser. Nagui irradiait, et soudain, la bande son s’arrête : le texte qui défile à l’écran est amputé de deux mots (même moi, je savais les deux mots qui manquaient : terrible engin — le terrible engin, c’est la moto où BB était comme une sphinge (sphinge est le féminin de sphinx, précise mon Persan, un peu pédant à l’occasion). Et les autres, ils ne savent pas. Nagui explique que d’ n’est pas un mot, que ça ne compte pas pour un mot. « Ah, bon, je croyais que c’était un mot d ! » s’esclaffe la blondasse qui sur ce coup-là partage avec la connerie ambiante l’idée selon laquelle l’ignorance est le degré suprême du raffinement. C’est du direct. Nul doute qu’à l’enregistrement ça aurait sauté, mais là, sur le visage béat de cette idiote (dont je ne connais pas le nom), toute la bêtise du monde, bien grasse, bien satisfaite d’elle-même resplendit…

— Je me sens humilié, dis-je encore.
— Mais vous savez, vous n’êtes pas obligé de regarder, rétorque mon Persan qui, à l’occasion prend l’accent de ce que les imbéciles (encore eux !) appellent le bon sens.

ACTE II

Alors j’ai zappé.
18 ou 20 chaînes. A part itélé et BFM qui font leur boulot d’infos, partout c’était à gerber : de la complaisance, du vide sidéral, du néant concentré, du rien monumental, institutionnalisé.
Et puis, je suis tombé sur une pièce de théâtre avec Christiana Réali. Qui n’est pas italienne mais d’origine (comme je l’ai d’abord pensé, de même que je croyais que son prénom était Patricia, — mais Google veille sur nos défaillances — femme de Francis Huster.)
J’ai pensé que c’était une pièce drôle parce que c’était plein de vulgarité. Elle a une jolie voix cette actrice. C’était bien filmé, avec une astuce de mise en scène intéressante : les accessoires, table, chaise, lit, canapé étaient fixés sur un plateau, lequel plateau glissait sur un rail. Il y avait deux voies. Hop, un canapé arrivait du côté cour (ou du côté jardin) sur la scène. (PS. Comme je suis quelqu’un de sérieux, je me suis renseigné : la mise en scène est signée John Malkovich). Il y avait Vincent
Elbaz dans cette pièce. Je crois que souvent il se demandait ce qu’il foutait là le Vincent. Mais comme dit le truc : quand le vin est tiré.… J’avais l’impression qu’il n’en avait rien à foutre de cette pièce le Vincent. Il y avait aussi Ariel Wizman, un présentateur de Canal+. Il ne manquait d’Arthur ou Claire Chazal. Bref, cette histoire d’accessoires qui glissaient tout seuls, on voyait que ça occupait pas mal les acteurs. Par exemple, ils sont deux à une table de bistrot, avec deux chaises. Ils posent les chaises à côté de la table, et paf, quand ils ont fini leur scène il faut ranger tout le bordel. Alors ils remettent les chaises sur la table et hop, la table glisse hors de la scène. Vous voyez le truc ? Tout ça parce que les scènes s’enchaînent. Même qu’à la fin le Vincent doit faire le ménage parce qu’il a mis de la crème chantilly dans un gobelet en carton et que la Réali, d’un geste brusque envoie valdinguer le gobelet. (Le mal qu’il se donne le Vincent à faire le ménage !) Je me demande si pour les acteurs ça ne fait pas beaucoup de jouer aussi les accessoiristes.
Je ne sais pas très bien ce que c’était cette histoire. En gros, il me semble que Christiana écrit des romans qui n’ont pas de succès. A un moment c’est Vincent qui signe un roman de Christiana et bingo c’est un best. Mais la Christiana se drogue et ne veut plus, ne peut plus écrire. Le Vincent fait ce qu’il peut. Il refile même 20.000 dollars (ça doit se passer en Amérique) pour que le dealer qui est un copain à eux se tire ailleurs.
Malgré tant d’artifices, vers la fin, j’ai trouvé qu’elle était assez exceptionnelle la Christiana dans le genre loque humaine…

C’est qu’il se passe souvent ceci avec le théâtre : on finit par tomber en sympathie avec les acteurs. C’est qu’ils mouillent la chemise, surtout quand le texte est un peu à la ramasse, surtout quand la gestuelle imposée à certains moments est pour le moins grotesque, surtout quand les astuces de mise en scène tournent au procédé et qu’on se dit : pourvu qu’ils n’oublient pas de tout remettre en place, surtout quand il y a tous ces défauts on s’y attache aux acteurs. Même si, une scène boulversifiante (Christina dos au public et se met à sangloter — on se dit que c’est sans doute une bande son qu’on entend avec ces pleurs déchirants et que c’est tant mieux) même si, à cela qui est plutôt réussi succèdent deux scènes ratées parce qu’inutiles et d’un expressionnisme physique assez ridicule : elle doit bien s’envoyer plusieurs litres d’eau la Christina quand elle décide de se suicider aux détergents, et le pompon, c’est l’agonie… Ah, comme elle agonise bien Cristiana… ces raidissements des membres, ces soubresauts… C’est pas le Cid, c’est le suiCid…

Quand j’ai demandé son avis à l’ami Persan, il n’était plus là.
Et vous, vous êtes encore là ?

ÉPILOGUE

Je suis allé voir sur le net ce que c’était cette pièce assez indigente : il s’agit de Good Canary, de Zach Helm, Adaptation de Lulu et Michael Sadler, mise en scène de John Malkovich (y a des moments je ne voudrais pas être dans sa peau (suis-je drôle tout de même !). Théâtre Comedia 4, boulevard de Strasbourg • 75010 Paris

J’ai trouvé, après avoir écrit ce texte ceci : http://www.lestroiscoups.com/article-12928443.html.

Vous êtes toujours là ?
(Franchement, dites-moi si mon pudding ci-dessus est comestible…)

14 février 2008

Méditation zéro

11 février 2008

Retour d'exil

C’est en somme comme si je revenais d’outre-tombe.
Quelques jours dans l’antichambre de la mort.
Je n’ai rien fait de ce que j’avais prévu : ni photos, ni entretiens. Cette réalité-là, seuls les mots pouvaient s’en approcher, et surtout pas l’image, non, pas l’image. Elle ne dirait rien l’image du bruissement des silences, des voix du silence.
J’ai passé quelques jours avec ce vieil ami, si faible qu’il est comme un enfant. Mais cet enfant-là sait qu’il pouvait les accomplir ces gestes du quotidien, et qu’il ne peut plus, et qu’il faut l’aider à faire ce qu’il a fait toute sa vie, et qu’il pourra sans doute de moins en moins faire.
Cette lucidité je ne peux l’éviter. Je vois la mort à l’œuvre chez mon vieil ami et tous les codes sont brouillés. Tantôt je suis l’ami, l’éditeur, tantôt celui qui doit aider aux gestes élémentaires. Je vois la déchéance du corps, et, curieusement j’en suis attendri. Parce que, vaille que vaille il faut faire avec ça. Il n’y a pas d’embarras de Francis par rapport à son propre état. Peut-être a-t-il décidé une fois pour toutes que ça n’avait pas d’importance. Parce que nous savons lui et moi que le sens est ailleurs. Le sens est dans ce qui a été donné, partagé à des moments particuliers. Le spectacle est désormais intérieur.
Il y a là où il n’y a pas.
Il a fallu deux jours pour que se dissipe l’effroi que j’ai éprouvé la première nuit, passée dans le petit chalet à peine à l’écart de la maison. Divakar, le fils de Francis qui habite en Inde depuis près de 40 ans venait de vivre deux semaines avec son père et partait le lendemain — j’étais là pour lui succéder, en quelque sort.
Dans ce chalet où j’ai dormi (si peu, si mal) à mon arrivée, pendaient à un portant sur roulettes les vêtements de Christiane. Il y avait aussi cette porte vitrée dont le verre était cassé : choc du cercueil de Christiane. C’est là que les pompes funèbres avaient entreposé le corps et le cercueil…
Pourtant, je suis, je crois (quoique), assez serein par rapport à la mort. La mort n’existe pas. La nommer avec parfois une certaine complaisance ne me fait pas oublier qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est qu’un processus du vivant. Une usure, rien de plus, auquel répond le vivant comme il peut. Car le soir de la vie apporte aussi sa lampe.

Simone de Beauvoir, évoquant Sartre, termine La Cérémonie des adieux sur : «Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C’est ainsi ; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps nous accorder.»

C’est ainsi, oui, je ne suis plus avec Francis Jeanson celui de ces dix années où nous nous rencontrions pour « travailler ». L’homme à qui je prépare désormais le repas a de longs silences que je cherche plus à combler. Nous restons longtemps sans parler. Puis il y a quelques échanges anodins. Tout à coup, à un moment où je parlais de derby, rugby, Bayonne-Biarritz (Biarritz où j’étais il n’y a pas si longtemps avec JLV pour rencontrer un producteur télé pour, justement, un documentaire sur Francis) Francis donc, évoque le BAB (b.a.b) le tramway, ou train entre Bayonne et Biarritz qu’il a emprunté sous l’Occupation pour rejoindre les Forces françaises en Afrique du Nord.

La maintenance à domicile des personnes âgées demande beaucoup d’organisation, beaucoup de soin : médecin, infirmier, kinés, aide-ménagère. Ce sont des rendez-vous que la personne âgées ne prend pas à la légère. Il faut que la petite boîte de pilule (le semainier) soit remplie le lundi. Le rite doit être impeccable, la présence constante. Pas question de s’éloigner. C’est une sorte de réclusion à laquelle, après trois jours je commençai à m’habituer.

Quand même, profitant d’un moment où Francis ne serait pas seul j’ai filé au supermarché. J’ai acheté des plats préparés chinois pour notre dîner en tête-à-tête le vieil homme et moi.
Et du champagne rose.
Que j’ai bu seul.

03 février 2008

Et si le miroir s'inversait

Je risque d’être quelque peu absent à partir de mercredi.

Je serai près de la mer, enfin presque : sur le bassin d’Arcachon. En cette saison, ce sera plutôt tranquille je crois. Je vais essayer de travailler sérieusement chez, et avec mon vieil ami Francis Jeanson. Nous serons seuls lui et moi. J’ai fait la liste de ce que je dois emporter : l’ordinateur portable, la PD 170 (c’est une caméra vidéo), un tas de cassettes vidéo, l’appareil photo numérique, une imprimante, les chargeurs (c’est fou ce qu’il faut comme chargeurs : d’ordinateur, de téléphone, de caméra, de piles rechargeables).
Nous allons travailler. Un peu coupés du monde. Entre Francis et moi, il y a 27 ans d’écart. Je vais l’aider à écrire ce qui sera sans doute son ultime livre, et moi je me mettrai peut-être à ce roman à l’escale depuis tant de mois. Il y a aussi cette équipe de cinéma qui va venir de Paris pour le documentaire sur Simone de Beauvoir. Et ce film que je fais sur Francis depuis plusieurs années. Cela fait beaucoup, mais pas tant que ça si je prends la mesure du temps dont je vais disposer. Plus d’internet (l’ordi de Francis est un mac, et il est en panne. Moi, vous savez, les macs !). Alors j’irai faire un tour dans un cybercafé de Claouey pour lire mes courriels et répondre aux plus urgents. Je vais faire ça : prendre du large, et laisser décanter ce que je vais laisser ici : est-ce qu’avant mercredi la liste de gauche aux municipales et que je dois conduire sera bouclée, je ne sais pas. Je ne sais pas non plus ce que va être la vie durant ces quelques jours avec le vieil homme. Il y aura parfois beaucoup de tristesse et de chagrin. Après 47 ans de vie commune, Christiane a quitté son Francis en septembre dernier. (Il y a dans les vidéos, sur ce blog, un petit film que j’ai réalisé avec Christiane.) Et puis, l’homme est fragile, et usé. C’est un petit homme de 86 ans qui se demande à quoi bon continuer de vivre. Il me pose la question, mais n’insiste pas. Il n’attend pas de réponse de moi, il sait aussi qu’il n’y a pas de réponse possible. C’est peut-être l’une des dernières fois où nous nous verrons. Alors il faudra faire le plein. Moi, je vais essayer de l’inscrire dans l’avenir encore comme je tente de le faire depuis plusieurs années maintenant. Je l’embarque dans mes projets : le film sur lui, ce livre qu’il dicte et que je transcris, le film sur Beauvoir…
Francis m’appelle DEB. Depuis dix ans, il m’appelle DEB. Comme il appelle son fils Didier, Divakar. Mais Divakar, c’est Mère qui l’a « baptisé » comme ça. Il n’y a que les gens autour de Francis qui m’appellent DEB. Il y a des sphères comme cela. Ici je suis DEB, là je suis Domi, là Dominique, là encore Emmanuel. D’autres y vont de Dominique-Emmanuel. A chaque fois ce sont des sphères différentes. Nous parlerons Francis et moi une fois encore un peu de Sartre, de Camus, du réseau Jeanson, de Roger Vailland, de Sarajevo, de qui sais-je encore, tous bien morts et enterrés, et oubliés, parfois un peu dérisoires dans ce présent fou abonné aux paillettes d’un soir : une sorte de bilan, de mise au point. Quelque chose va se terminer et nous le saurons tous les deux. Je filmerai un homme aux portes de la mort mais je mourrai peut-être avant lui.
Le miroir inversé vous savez….

02 février 2008

Le tout à l'ego

Je suis -  et c’est même une spécialité depuis pas mal de temps, je suis, dis-je, titilleur d’ego.
C’est un vieux pote à moi, l’ego. Dans une autre vie, je serai psy, attention, pas psychiatre ou psychologue, non, je serai psychanalyste, à la Lacan, vous voyez, du haut de gamme quoi !
Un jour, je lui ai posé clairement la question à mon ego à moi. Je lui ai dit : qu’est-ce que tu veux ? Sa réponse, bien sûr, je la connaissais d’avance : satisfait. Il voulait être satisfait, au moins une fois. C’est ce que j’ai fait : je l’ai satisfait. Alors il s’est tiré ailleurs.
De temps en temps il vient prendre des nouvelles. Je lui manque, le pôvre. A chaque fois, je l’envoie se faire foutre.
Et il y va.

 

Et vous votre ego ?

 

01 février 2008

Fortissimo ?

Quand même, j’aimerais bien me prendre au sérieux de temps en temps.
D’autant que je risque de faire mon entrée en politique. N’est-il pas question que je mène moi (oui, moi, moâ, môa) une liste de gauche, ici, à Latresne, bastion de droite imprenable depuis 40 ans ? J’y songe, j’y songe de plus en plus…
A cette question : Que faire ? (face à deux listes de droite et deux listes de gauche qui ne parviennent pas à fusionner) Michèle Delaunay m’a répondu : Faire une liste.
Pas encore trouvé son nom à cette hypothétique liste :

Clair & Net ?
Deviens ce que tu es ?
Agora ?
Fortissimo ?

Si vous avez des idées, dis-moi, d’accord ?

 

 
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